L’industrie du disque se meurt parait-il. Après nous avoir bien enflé pendant des années avec des prix de ouf sur les CD à 18 euros et plus si affinités, les majors se sont bien engraissés sur notre dos. Mais les premiers a avoir morflé à cause du téléchargement gratos, ça a été tous les petits labels sans trop de trésorerie qui sortaient avant tout des productions au nom de la passion. Lionel du label 442ème Rue, basé en Bourgogne, lui fait ça depuis des années. Tel un artisan, il sort régulièrement des disques : CD, vinyles (33 & 45 tours) à faible tirage, des futurs collectors. Le garenne, fondu de musique, a monté son label avec ses propres moyens et met le paquet pour proposer des vinyles vraiment classe avec pochette chiadée et galette de couleur.
Lionel, comment t’est venue l’idée de monter ton label et depuis quand fais tu ça ?
L’idée de monter un label de disques me titillait depuis déjà un bon moment quand j’ai sauté le pas en 1996. J’avais déjà mon émission de radio et mon fanzine, le label me paraissait être une suite logique à tout ça, surtout pour un collectionneur invétéré comme moi. J’aime les disques depuis que je suis tout petit, donc pourquoi pas en sortir moi-même. D’emblée, l’idée était de faire de beaux objets (vinyle de couleur ou picture-disc), d’en profiter pour aider, par ce biais, des groupes amis et que j’aime particulièrement, et, évidemment, de me faire plaisir aussi.
Combien êtes-vous pour faire tourner le bazar ?
Officiellement, on est 4 dans l’asso 442ème Rue. Mais en pratique je fais tout tourner tout seul. Je ne pouvais tout simplement pas monter une asso à moi tout seul, faut être au moins 2, donc j’ai demandé à 3 de mes meilleurs potes si je pouvais les utiliser à ma guise et les déclarer dans l’asso. Comme je sais plein de trucs pas avouables sur eux, il m’a été facile de les "convaincre" d’accepter ma proposition et de me servir de prête-noms. Je garde leurs dossiers sous le coude, bien au chaud, au cas où leur viendraient des velléités d’autonomie ou d’indépendance. Parce que bon, faut pas déconner, le petit personnel faut l’avoir à l’œil (rires). Donc, en pratique, c’est moi qui m’occupe de tout. Y a un des 3 potes sus cités qui m’aide pour le graphisme des pochettes ou des disques, vu que je suis moi-même une bille en la matière, et un autre qui a pris en charge le concept de 2 d’entre eux (le split Happy Kolo/Charly’s Angels et le Tribute to GG Allin). C’est lui qui a eu l’idée de ces deux disques et qui s’est donc occupé de trouver les groupes et les morceaux, il a également conçu les pochettes. Pour le reste, notamment toute la partie technique (pressage, mastering, promo) et le choix et les contacts avec les groupes, c’est ma pomme qui gère tout ça tant bien que mal.
Tu as beaucoup de connexions avec les groupes étrangers pour tes projets, ça doit être le bordel pour tout mettre en place, comment tu t’organises ?
Comme je peux (rires) ! En fait non, ça va, c’est pas trop bordélique, surtout maintenant avec internet. Quand il s’agit d’un disque pour un groupe spécifique, c’est facile, je demande, le groupe dit oui, et soit me file des trucs déjà prêts, soit enregistre spécialement pour l’occasion, et le tour est joué. Pour les compiles, c’est vrai que c’est un peu plus chaud. Je lance l’idée à tout mon carnet d’adresses et j’attends les réponses. Le seul truc à vraiment gérer, c’est faire gaffe de ne pas avoir trop de réponses. Y a forcément un nombre limité de groupes sur un seul disque, et, évidemment, ce serait chiant de devoir dire non à un groupe uniquement parce qu’il n’y a plus de place sur le disque. Jusqu’à présent ça ne s’est jamais produit. Au début, y a pas de problèmes, tant que ce sont les premiers groupes à répondre, c’est forcément OK. C’est surtout sur la fin, genre quand il ne te manque plus qu’un ou deux groupes, là, il faut cibler, attendre une réponse, positive ou négative, avant, éventuellement, de relancer quelqu’un d’autre. Et quand, en plus, y a des groupes qui disent oui au début et qui, ensuite, pour une raison ou une autre, ne donnent pas suite au projet mais ne te le disent pas vraiment, ça peut être assez chaud. Genre est-ce qu’ils sont toujours intéressés ou pas ? Et si oui, quand envisagent-ils d’enregistrer ? Tu vois bien quoi… Dans ces cas-là c’est surtout la gestion du temps qui pose problème, parce que du coup, les premiers groupes à avoir répondu et à avoir envoyé leur morceau te demandent assez régulièrement quand va sortir la compile, et toi tu attends toujours un ou deux trucs, donc tu réponds régulièrement : "ça vient, ça vient" !

Pour le tribute à Motörhead, tu as du avoir pas mal de groupes intéressés ? T’aurais dû faire un double album, tu serais rentré dans le Guinness des records.
Pour celui-là, c’était différent. Vu que je savais d’entrée qu’il n’y aurait que six groupes, je n’ai pas lancé le truc à la cantonade, j’ai contacté les groupes spécifiquement pour l’occasion. Tout a commencé avec Spermicide. Ce sont eux qui m’ont donné l’idée de faire ce tribute à force de les entendre jouer "R.A.M.O.N.E.S." à chacun de leurs concerts (rires). Du coup, ce sont les premiers à qui j’ai demandé… Et ils ont dit oui, les cons (rires) ! Tu y crois ? Ensuite, pareil pour R’n’C’s qui font "Ace of Spades" depuis longtemps, je me doutais qu’ils seraient OK. Côté groupes étrangers, les Ramonettes sont des amis qui apparaissaient déjà sur le Tribute to Batman et qui ne pouvaient qu’être d’accord pour reprendre ce titre de Motörhead. Kif kif pour the Chuck Norris Experiment, des potes de longue date (eux aussi étaient de la partie pour le Batman, et Rickshaw, le précédent groupe de Jocke, le chanteur, figurait sur le Tribute to the Beatles) qui ne pouvaient décemment pas me dire non (rires). Les deux derniers groupes, ça a été par connexion. Spermicide m’ont branché sur Zoe, que je ne connaissais pas. Et hop, dans la poche ! Et Jocke, déjà cité, m’a mis en contact avec V8 Wankers, dont je connaissais les disques depuis pas mal d’années, mais que je ne connaissais pas personnellement. Et j’avais donc mes 6 versions de "R.A.M.O.N.E.S.". Pas plus compliqué que ça… (rires) Quant à faire un double album… Mouais, l’idée aurait été intéressante. Sachant que, au maximum, on peut étirer "R.A.M.O.N.E.S." sur 2 minutes, guère plus, et qu’on peut mettre jusqu’à 30 minutes de musique par face de 33t, ça aurait donc pu faire 15 groupes par face, soit 60 au total pour un double album, et donc 60 versions différentes de ce même morceau… Sûr, j’entrais direct dans le Guinness (rires). Mais je me demande si entendre 60 fois "R.A.M.O.N.E.S." pendant 2 heures (même dans des versions différentes), ça n’aurait pas été un peu indigeste (rires) ?!! En même temps, je dis ça, j’en sais rien, vu que je l’ai pas fait, si ça se trouve ça aurait été vachement bien (rires)…
A ce jour, combien de sorties à ton actif ?
18. Avec une grosse majorité de singles et de EP, 14, plus 2 CD et 2 albums vinyle. En 14 ans, et vu les conditions (budget plus que rikiki et peu de temps disponible), je trouve que c’est pas trop mal (rires) !
Ca doit prendre vachement de temps pour assurer derrière la promo (radios, fanzine, webzine, mags …), la distribution… C’est un taf à plein temps ?
Ouaip ! A chaque sortie j’en ai pour un petit mois à me débattre avec les envois promo et les premières commandes. En plus, c’est vraiment chiant comme boulot, couper les cartons pour rigidifier les disques, trouver les emballages (heureusement, je recycle pas mal ce que je reçois, mais après faut faire du collage pour cacher les mentions initiales), emmener tout ça à la Poste (merci les distributeurs automatiques de vignettes, y a plus trop à faire la queue). C’est pas le plus bandant, c’est sûr. Pour la distribution, y en a pas, donc c’est vite fait. Au début, j’ai bien tenté d’en déposer chez les disquaires parisiens, mais c’était vraiment trop galère. Quand tu les amènes en dépôt faut être sûr de tomber sur la bonne personne, celle qui gère le truc, faut pas qu’il y ait trop de monde dans le magasin pour pas trop faire chier, et après, quand tu fais le suivi c’est pareil, faut que la bonne personne soit là et que ce soit relativement tranquille. Comme, en plus, je n’habite pas Paris, je ne pouvais y passer que quand j’y montais pour un concert ou une expo, et donc c’était pas toujours compatible avec les disponibilités des magasins pour les raisons citées plus haut, ou alors fallait passer 10 coups de fil avant pour être sûr que c’était le bon créneau et donc je claquais en téléphone ce que je récupérais sur la vente. Surtout que, en général, les magasins t’en prennent pas plus de 5 à la fois (ce que je peux comprendre, entre les problèmes de stockage, et le côté aléatoire des ventes) et donc c’était quasiment comme si je leur filais gratos, à la limite je perdais même de la thune avec ce système. Donc j’ai arrêté. Quant à un vrai distributeur, pour du vinyle, et à plus forte raison du 45t, ça n’existe tout simplement pas, donc le problème est réglé de ce côté-là. Reste donc la vente par mes propres soins et point-barre. Quelque part on peut dire que c’est un taf à temps plein… ou plutôt à loisir plein (rires). Parce que, évidemment, je fais tout ça sur mon temps libre, j’ai un job à côté, je n’en vis absolument pas. Je ne gagne même pas un fifrelin dans l’affaire, au global je suis même perdant financièrement, mais bon, gagner de la thune n’était pas non plus le postulat de départ, même si j’espérais vaguement arriver à l’équilibre, ce qui, sur le long terme, n’est finalement même pas le cas… Pas grave (rires).

Ta plus grosse vente ça fait combien en exemplaires, t’as creusé la piscine derrière ensuite ?
Ah ah !!! Ouais, en forme de guitare, évidemment, avec les playmates qui vont bien pour agrémenter les transats, le bar réfrigéré rempli de Jack Daniels, et les saladiers de coke disséminés un peu partout. J’ai des goûts simples (rires) ! Au début je tirais les 45t à 300 exemplaires, maintenant c’est 500. Pour les CD, le plus c’est 1000, et les compiles vinyl ça a été 800 maxi. Et sur les 18 références sorties à ce jour, il n’y en a que 2 qui sont complètement épuisées (les tributes à GG Allin et à Batman), pour les autres, j’ai encore du stock. Je te laisse donc imaginer les millions d’euros que j’ai pu mettre sur mes comptes secrets en Suisse, aux Iles Cayman et aux Bahamas…
Accompagnes-tu des groupes en tournée ? Si oui, avec quelles bandes d’hirsutes tu as avalé des KM et vomi des fois
Oui, à chaque fois que j’en ai l’occasion. J’ai commencé avec Matador’s dans les années 80. C’était facile, on était voisins, c’était des potes, et j’étais leur manager. Ensuite ça a été les Fossoyeurs, de Paris, que j’ai aussi managé un peu. Puis, mon vieux pote de Kansas City Joey Skidmore pour qui j’ai fait le road-manager sur chacune de ses tournées européennes depuis 1992. J’en n’ai pas raté une seule. Je l’ai aussi suivi une paire de fois aux USA. Après, c’est plus sporadique, si possible avec des potes, comme les Gee Strings, Electric Frankenstein, the Chuck Norris Experiment ou les Marteaux Pikettes. Y a eu aussi les Ballbusters, Loose, Boss Martians, Dollhouse, Ironhead…
Mais je tiens aussi à préciser les choses. Je ne vomis jamais en tournée, moi, môssieu ! Je sais me tenir, j’ai du savoir-vivre, je ne suis pas un rustre ! Non mais… De toute façon, et de manière générale, je ne bois pas énormément, tout simplement parce que la plupart du temps c’est moi qui conduis… Remarque, c’est peut-être aussi parce que je ne picole pas beaucoup que c’est moi qui me retrouve au volant (rires). De toute façon, des vraies grosses cuites, à marcher à 4 pattes et à plus me souvenir de rien le lendemain, j’en ai peut-être pris 5 ou 6 de toute ma vie, pas plus, et la dernière doit bien remonter à une quinzaine d’années…
Tu sors également des compiles en vinyl 33 tours Picture Disc qui pètent la gueule, ressens-tu toi la montée du vinyle par rapport aux CD ?
Ah c’est pour ça que les mecs qui m’achètent ce genre de disques ont tous des cocards et des dents en moins ? Merde, je savais pas que des skeuds pouvaient coller des patates pire qu’un Mike Tyson qui viendrait de se faire marcher sur les arpions… Va falloir que je fasse gaffe la prochaine fois, je vais peut-être faire un truc genre le retour de Chantal Goya ou la résurrection de Tino Rossi, ce sera peut-être moins dangereux (rires) !
Sinon, non, pour ce qui est de la 442ème Rue, je ne sens pas particulièrement une poussée de fièvre au niveau du vinyle. Sinon toutes mes productions seraient sold out en moins de trois mois, ce qui n’est pas le cas (rires). Il paraît que, apparemment, le vinyle aurait tendance à mieux résister que le CD. J’en suis heureux, mais c’est pas moi qui en bénéficie le plus (rires).

Parallèlement à ça, tu animes aussi une émission radio une fois par semaine ou tu passes des skeuds, c'est où que ça se passe ? Invites-tu des groupes aux émissions ?
La radio est même le premier truc par lequel j’ai commencé à m’investir dans la musique, c’est-à-dire à ne plus être simplement auditeur, mais également acteur. J’ai commencé en 82, au moment de la libéralisation de la FM (après 2 ou 3 expériences éphémères de radios pirates dans les quelques mois qui l’ont précédée). J’ai sévi sur différentes fréquences dans l’Yonne, ainsi qu’à Paris, sur Libertaire. Aujourd’hui, ça fait 9 ans que j’ai émigré sur les ondes de Triage FM, à Migennes (la gare de Laroche-Migennes, d’où le nom de la radio, bastion CGT et communiste de longue date J), dans l’Yonne. Localement on peut l’écouter sur 94.5 sur le centre du département (Auxerre, Joigny, St Florentin, Tonnerre), et mondialement sur www.triagefm.fr. J’occupe à moi seul toute la soirée du mardi, à savoir l’émission proprement dite, en direct, de 18h30 à 21h00, et ensuite, de 21h00 à minuit, ce sont les ordinateurs qui prennent le relais en balançant des titres extraits des playlists de la 442ème Rue, donc ça reste de la même couleur que l’émission (mon blabla en moins), à savoir du blues, de la country, du rock’n’roll, du surf, du garage, du punk, du hardcore, du métal, et autres joyeusetés électriques du même tonneau.
Je ne reçois pas d’invités, sauf très rares exceptions. La principale raison c’est que, compte tenu de l’éloignement géographique de Migennes, notamment par rapport à Paris, je me vois mal faire venir des groupes dans l’émission uniquement pour une interview, je ne suis pas sûr qu’il y en aurait beaucoup pour faire ce genre de déplacement, ce qui se comprend. Et comme, localement, c’est un vrai désert musical, il n’y a donc quasiment aucun groupe intéressant dans le coin, et donc quasiment aucun groupe que je souhaiterais inviter.
A une époque, je faisais pas mal d’interviews enregistrées que je diffusais ensuite dans l’émission. Mais je ne le fais presque plus non plus, surtout pour un problème de temps. Mes différentes occupations ne m’en laissant pas forcément beaucoup à consacrer au montage de ces entretiens. C’est dommage, j’aimais bien, mais faut parfois faire des choix, et j’ai été obligé de faire celui-là… Peut-être qu’un jour j’y reviendrais, qui sait…
Le dernier film que t’as vu c’est quoi ?
Au cinéma, je ne me souviens plus, je n’y vais plus depuis des années. Voir les films (de plus en plus mal) doublés en français ça me gonfle grave, surtout depuis l’arrivée du DVD où tu peux désormais les voir en VO. Et en DVD donc, le dernier c’était The vampire Lovers, un des derniers grands films de la Hammer, de 1970, adapté du roman de Sheridan Le Fanu, Carmilla. L’histoire d’une vampire lesbienne.
Pour ce qui est des films récents, le dernier que j’ai vu, toujours en DVD, c’est Che, le film en 2 parties de Steven Soderbergh, avec Benicio Del Toro, adapté des journaux tenus par Che Guevara pendant la révolution cubaine et pendant sa dernière expédition en Bolivie où il est mort. Excellent ! Avec un Benicio Del Toro vachement ressemblant et hyper crédible dans le rôle de Guevara. Sûrement un truc qui fera date dans quelques années…

Y paraît qu’ils vont sortir un biopic sur Iggy Pop !!! Tu vois qui dans le rôle ???
Ben, à part Iggy lui-même, je me demande qui serait capable de l’incarner au cinéma… Bon, faudrait certes faire des prouesses de maquillage pour le rajeunir suffisamment pour qu’il soit crédible en tant que jeune chien fou au sein des Stooges, mais ça doit pas être insurmontable (rires).
Niveau acteur, non, je vois pas bien. Nicholson aurait pu le faire, mais, même plus jeune, il était trop enveloppé pour ça. Pareil pour Woody Harrelson ou Mickey Rourke… Et comme maintenant y a plus trop d’acteurs vraiment cinglés à Hollywood, ils auraient plutôt intérêt à prendre un inconnu, ça passerait sûrement mieux.
Tu penses quoi des gens qui téléchargent gratos de tout et n’importe quoi (petits groupes qui n’en veul’, millionnaires j’ai 24 Gibson et 13 Telecaster) dans leur lecteur mp3, et qui au final n’écoutent rien ou toujours les mêmes morcifs ?
Ben… à vrai dire pas grand-chose. Le fait de télécharger ne me dérange pas plus que ça, je le fais moi-même. Après, c’est surtout la question de savoir ce qu’ils téléchargent, et leur motivation à télécharger. Qu’ils téléchargent tout et n’importe quoi c’est finalement assez logique. Avant le téléchargement les gens écoutaient de toute façon tout et n’importe quoi, ils ont juste transposé ce tout et ce n’importe quoi à une nouvelle technologie, mais le comportement de base est le même : consommer de la musique sans réfléchir. Ensuite il y a la motivation même du téléchargement. C’est sûr que pouvoir quasiment tout trouver gratuitement sur Internet fait que les gens téléchargent, même s’ils n’écoutent pas (ou quasiment pas) ensuite. C’est le syndrome c’est gratos, donc je prends. C’est comme ceux qui ramassent tout ce qui traîne dans n’importe quel lieu public sous prétexte que c’est gratos, et qui le jettent 30 secondes après parce qu’ils se rendent compte que ça ne les intéresse pas ou qu’ils s’en foutent (genre les journaux gratuits dans le métro). Ils l’ont pris parce que c’était gratos, par pur réflexe pavlovien et basta… Le mec qui télécharge parce qu’il est réellement motivé, ou parce qu’il n’a pas de thune, ça se conçoit déjà nettement plus. Si je transpose à mon cas personnel, et si, donc, je télécharge, c’est parce que, a priori, le groupe ou la musique m’intéresse. D’ailleurs je télécharge essentiellement sur les sites mêmes des groupes, qui y ont donc mis leur musique à cette fin. Si je télécharge sur des plate-formes d’échange, c’est soit pour écouter un truc dont j’ai entendu parler mais que je ne connais pas, avant, éventuellement, d’acheter le ou les disques, soit parce qu’il n’y a que quelques morceaux qui m’intéressent chez un groupe ou un chanteur, et que j’ai pas envie de claquer 25 euros dans un CD pour n’écouter que 3 ou 4 morceaux.
Comme souvent rien n’est jamais complètement blanc ou complètement noir. Le téléchargement peut être une bonne chose (découverte par exemple) comme une calamité (chute des ventes, même si, à mon avis, c’est sûrement loin d’en être la raison principale). De toute façon, ceux qui s’en plaignent le plus sont essentiellement les majors, qui ont surtout scié la branche sur laquelle ils étaient assis, notamment en laissant le CD à un prix anormalement élevé, comme si la technologie de départ, qui elle avait effectivement un coût, apportait réellement un plus sur le long terme, ce qui n’était évidemment pas le cas, ce dont les consommateurs ont fini par s’apercevoir, même s’ils y ont mis le temps. Dans un monde moins bassement consumériste, la chute des ventes de CD aurait dû apparaître voilà au moins 10 ou 15 ans. Le téléchargement n’a été qu’un accélérateur du phénomène, un amplificateur, mais comme on partait de vachement bas, l’accélération a été d’autant plus brutale. C’est comme quand tu accélères à fond avec une Ferrari alors que ça fait 300 bornes que tu roules à 30 à l’heure, c’est sûr que la différence va être flagrante.
Ça a dû bien te plomber dans le fonctionnement de ton label ?
Bof, non, pas vraiment. Les ventes n’ont jamais été bien terribles de toute façon. J’ai pas constaté de baisse des ventes (ni de hausse non plus, c’est vrai — rires) avec le développement du téléchargement. Faut dire aussi que les groupes que je sors ne sont sûrement pas les plus téléchargés non plus, donc…
Ton prochain projet discographique c’est quoi, c’est qui ?
C’est la réédition, sur 1 CD des deux albums vinyl des Froggies parus en 84 et 85, et jamais réédités depuis. Les Froggies étaient un groupe français de power-pop plutôt musclée emmené par le chanteur guitariste Johan Asherton. Sur le second album, le groupe comprenait aussi en son sein Paul Pechenaert, qui fit un temps partie des Dogs. Le groupe n’a existé que deux ans à peu près, et encore, avec une interruption entre les deux albums, et n’a pas connu, à mon sens, le succès qu’il aurait mérité. C’est peut-être l’occasion de tenter de le réhabiliter. Johan Asherton est un vieux pote de plus de 20 ans, et c’est ensemble que nous avons pris la décision de rééditer ces deux disques.
Egalement dans les tuyaux un EP 4 titres (vinyle) plutôt hardcore, avec Electric Frankenstein, Kung Fu Killers (l’autre groupe de Sal le guitariste d’EF), Zombie ! (un groupe américain tendance Misfits) et Doomcharge (des danois bien bourrins).
Après… Pour l’instant, je n’ai encore pris aucune décision quant à la poursuite ou pas du label. Au mieux, il y a de grandes chances pour je ralentisse sérieusement les sorties. Je perds trop de thunes dans l’histoire, ça commence à devenir pesant… Donc, wait and see !
Merci Lionel, à bientôt pour une bonne cervoise (bien fraîche de surcroît !).
Pas de souci, on se fait ça la prochaine fois qu’on se voit !
Si t'as une annonce à faire : vend R12, Déesse ou autre ?
Une R12, j’en ai eu une il y a longtemps, déjà vendue depuis belle lurette, et peut-être même à la casse aujourd’hui, y a des chances ! Une déesse, si j’en avais une sous la main (genre Vénus qu’était bien gironde), je ne la vendrais sûrement pas, pas con, je la garderais précieusement sous ma couette (rires). Sinon, si j’avais pas peur d’abuser de ta bonté, je balancerais bien l’adresse du site de la 442ème Rue : www.la442rue.com. Mais t’es pas obligé… D’autant que j’ai oublié de te faire un chèque et que j’ai pas de liquide sur moi.
Propos recueilli par Rouf Lakett
Envie d'en savoir encore plus ? Lionel sera l'invité de l'émission de radio Konstroy sur Fréquence Paris Plurielle le 14 mars prochain (18h-20h). Pour les franciliens, c'est sur le 106.3 mhz. Pour tous les autres, la radio s'écoute sur RFPP.net.









