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Posté le Vendredi, 19 Février 2010

Le Peuple de L'Herbe

L'un des acteurs majeurs de la scène électro dub hexagonale est revenu en 2009 avec un quatrième album tout en contraste, le bien nommé Tilt. Discussion avec Le Peuple de L'Herbe sur le contenu du disque, mais aussi et surtout tout ce qu'il l'entoure : le live, le business, internet, etc…

Radio Blood Money, votre précédent disque studio, était un album conceptuel. Le but était-il de revenir à quelque chose de plus "simple" avec Tilt ?
Dj Pee (platines) : Radio Blood Money était basé sur un bouquin de Philip K. Dick, avec ce que cela sous-entend d'unité musicale, d'anticipation mais aussi de messages. Avec Tilt, on voulait retourner au basique du Peuple de L'Herbe, tenter un nouveau départ. Mais surtout le but était de ne surtout pas refaire la même chose, ce qu'on essaye d'éviter à chacun de nos disques. Tilt est une nouvelle aventure dont le point de départ, le contenu de l'album en lui-même, nous satisfait entièrement. C'est un nouveau challenge
Spagg (basse & guitares) : Tilt, c'est notre manière de continuer d'avancer. On a la chance de tourner beaucoup, donc lorsqu'on a usé les compos d'un album sur scène, on ressent l'envie d'en faire de nouvelles. C'est logique, c'est ce qui définit un groupe vivant.

Vos morceaux ont-ils beaucoup évolué à la fin d'une tournée ?
Yvan : Souvent, oui. Soit ils ont évolué, soit ils sont rangés (rires).
Dj Pee : Quand on n'a plus de plaisir à jouer un morceau, il vaut mieux l'écarter du set. Autant passer à autre chose.
Yvan : A l'inverse, ceux qui restent… et qui ont évolué avec la scène, on se dit qu'on aurait bien aimé les enregistrer en fin de tournée. Quand on les a bien fait tourner sur scène, qu'on a exploré toutes leurs possibilités, les choses s'affinent, des automatismes se sont créés, les structures fonctionnent mieux. Souvent, sur scène, on optimise, on rajoute quelques petits bouts, on effectue des petits ajustements. Mais c'est aussi ce qui fait avancer le groupe.
DJ Pee : Quand on compose, on a rarement le live en ligne de mire. On cherche d'abord à varier les styles et le tempo de chaque morceau, afin d'obtenir une palette large et variée sur le disque en construction, parce que c'est ce que nous sommes et ce que nous avons toujours tenté de défendre… la variété musicale. Oh la la, le mot "variété" me fait peur ! (rires).

Les pochettes de vos précédents disques, maxis inclus, étaient assez sobres graphiquement parlant. Celle de Tilt détonne avec son style cartoon et ses couleurs éclatées ! Est-ce une manière de signaler le nouveau départ du groupe ?
DJ Pee : On a souvent changé de graphistes pour nos pochettes. Pour Tilt, on voulait une photo, mais on n'a pas trouvé de cliché nous convenant. On a fait appel à un dessinateur.
Spagg : Qui dit nouveau graphiste, dit nouveau style de graphisme. Mais celui-ci devait néanmoins être en phase avec le contenu du disque. Et il l'est.
Yvan : Tilt est un disque plus coloré par rapport à Radio Blood Money qui était un disque plutôt… gris. La pochette était grise d'ailleurs. On avait envie de sortir de l'esprit de Radio Blood Money, pour que les gens ne vous mettent pas dans la catégorie des groupes sérieux, déprimants, etc… Radio Blood Money a été fait dans un certain contexte, durant les élections présidentielles où ce n'était pas l'euphorie. On avait quelque chose à dire à ce moment-là, on l'a exprimé dans ce disque. Bon, la situation en France n'a pas changé, ce n'est toujours pas l'euphorie, mais maintenant on se dit qu'il faut vivre avec ça. Autant bien vivre avec. Même si la musique de Tilt est moins oppressante ou moins sérieuse, si elle s'avère plus légère et plus colorée, les textes ne changent pas, ils restent… peut-être pas vindicatifs… mais engagés.

Quels sont les thèmes abordés dans Tilt ?
DJ Pee : Le premier single, "Lock Up", parle de la vidéo surveillance… Ou plutôt de toutes les surveillances. Ça dit en substance que la vraie vie est dehors, dans la rue, et pas sur un ordinateur. Tous les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et compagnie se développent sur le net au détriment des réseaux sociaux normaux. Ça ne veut pas dire qu'il faut tout jeter, mais il y a un côté dangereux à se livrer aussi intimement sur le web, à partager des informations personnelles… Des infos parfois intimes sur soi-même et qui se retrouvent en place publique. Ou récoltées par les services de renseignement ! "Lock Up", c'est en fait un texte personnel de JC 001, mais qui peut parler à tout le monde. C'est notre façon de traiter les sujets ou l'actualité. D'un point de vue ou d'une expérience personnelle, on essaye de traiter l'idée pour que tout le monde s'y retrouve. C'est aussi le cas dans "Brick By Brick" qui a plein de sens, mais qui finalement explique comment on a fait le groupe, notre son, nos albums et notre studio : brique après brique. Dans "Get Stronger", on avait envie de dire qu'il ne fallait pas baisser les bras. Le faire avec un morceau vraiment pêchu, qui serait notre hommage aux Bad Brains, un groupe qu'on adore tous dans Le Peuple, était notre manière de faire passer un fort message.

Vous êtes un groupe essentiellement instrumental. Ne vous a-t-on jamais proposé de bosser sur un film ?
DJ Pee : On aimerait bien. Il faut rappeler que la genèse du groupe est partie de deux titres qu'on avait réalisés pour le film Baise Moi de Virgine Despentes. Mais on avait fait ces morceaux en aveugles, sans voir les images et sans savoir où ils seraient utilisés dans le film. Une bande son, c'est tout l'inverse, la musique se fait après les images. Le compositeur ou le groupe écrit sa partie en fonction de ce qu'il voit. Ça nous plairait énormément de faire ça. On a fait plein d'appel du pied, depuis des années, mais aucun réalisateur ne nous a jamais contactés (rires). On a été très déçu que ce soit nos voisins de Dionysos qui soient choisis pour faire la musique de Panique au Village, on fait des fans hardcore de ce film d'animation !

Comment garder sa liberté artistique dans ce monde où désormais même la musique a été marchandisée à outrance ?
Dj Pee : C'est un choix de vie. Quand tu dis "Le monde n'est pas une marchandise", ça peut être un discours ou un état d'esprit. C'est à toi de choisir. Le Peuple de L'Herbe a fait un choix de vie artistique alternative, on sait qu'on n'est pas la majorité, mais ça ne nous pose pas de problème. Pour nous, je dirais que c'est moins difficile qu'il n'y parait. En tout cas, c'est moins dur pour nous que pour un groupe qui démarre. On a 4 albums à notre actif, dix ans d'existence, on a un vécu, un historique qui nous permet de nous faire respecter, on représente quelque chose. Peut-être pas quelque chose d'énorme, mais quelque chose qui existe. Pour Le Peuple de L'Herbe, la situation actuelle demeure encore correcte. Mais ce qui change (la baisse des ventes de disques par exemple) change pour tout le monde. Nous avons peut-être la chance d'être dans une niche particulière, de s'adresser à des passionnés qui font le choix d'acheter un disque indé plutôt qu'un disque d'une major. C'est ce qu'on entend souvent autour de nous.
Spagg : Pour un groupe qui débute maintenant, c'est plus difficile. Sortir un disque, ça va encore, tu peux te débrouiller… mais tourner, trouver des concerts, c'est devenu très difficile.
DJ Pee : Internet permet de proposer plus facilement ta musique, mais qui t'entend ? Le net propose tout, du débutant qui joue dans sa chambre au futur grand groupe qui va exploser tout le monde ! C'est bien. Tout est écoutable. Le problème du net, c'est comment ne pas s'y perdre ?

Où êtes-vous dans le débat téléchargement de la musique sur Internet ?
DJ Pee : Il y a un problème crucial qui est assez peu soulevé… Personne n'a demandé des comptes aux providers qui vendent des abonnements depuis des années. Ces sociétés savent très bien qu'elles ne vendent pas de l'abonnement haut débit pour qu'on s'échange des emails et des photos de nos souvenirs de vacances. Je m'étonne que les gens de l'industrie du disque ou du cinéma ne soient pas allés les voir. C'est un peu facile d'accuser le gamin de 15 ans qui télécharge un album ou Madame Michu parce qu'elle a téléchargé le dernier James Bond… Si seulement dès le début, on s'était posé les bonnes questions. Aujourd'hui, c'est trop tard.

Est-ce que le message à la fin du disque est destiné aux gens qui auront téléchargé illégalement Tilt ?
DJ Pee : On sait que les gens téléchargent notre musique. Tant mieux. Ce qui est important pour un musicien c'est d'être entendu. Après, on espère qu'ils auront envie d'avoir le disque lui-même, le support, la pochette… On essaye toujours de faire de beaux albums. Ceux qui peuvent les acheter, tant mieux ; ceux qui ne peuvent pas, et bien tant pis… pour nous. On est content quand on vend des disques, mais on ne mise pas sur les ventes de disques. On vit grâce aux concerts. C'est la base de la musique : le live. Le but du message, c'est d'inviter les gens, tous, à venir nous voir en concert, et à supporter les artistes qui tournent.

Dernière chose, quels sont les cinq groupes sans lesquels Le Peuple de l'Herbe n'existerait pas ?
Tous : Fishbone, Public Enemy, Cypress Hill, Beastie Boys… Et un groupe punk ? Heu…The Clash. Le quinté parfait !

propos recueillis par Frank Frejnik

www.lepeupledelherbe.net