Où, quand et comment votre nouvel album Spread The Fire a-t-il été enregistré ?
Thomas : C’est Pierre, notre chanteur, qui l’a enregistré pendant les mois de mai et juin 2009, dans notre local de répétition qu’il a aménagé petit à petit en home studio avec Dudu notre sonorisateur, également bassiste de Gravity Slaves. Le mixage a eu lieu cet été, le mastering au début de l’automne et il est sorti le 15 novembre.
Cet album marque un retour au punk rock et au hardcore mélodique, est-ce une réponse à Opposite 2, votre précédent album qui était de couleur "reggae/dub" ?
Thomas : Oui, une fois qu’on a eu fait cet album reggae, qui nous a permis de satisfaire notre envie de souplesse et de rythmes chaloupés, on a ressenti le besoin de retourner au punk rock… de faire des morceaux rapides, simples et efficaces. On voulait que ce nouvel album soit aussi teigneux que Escape (cinquième album du groupe réalisé en 1999 — ndr)… sans vraiment se fixer de ligne directrice et artistique. On savait quand même qu’on voulait faire quelque chose d’énergique.
Qu’est-ce que vous a apporté le fait de réaliser ces deux albums reggae (Opposite en 2001 et Opposite 2 en 2007) ?
Thomas : D’abord, la satisfaction d’aller jusqu’au bout d’un projet... Avant, quand on mettait un ou deux titres reggae sur un album de punk rock, on était content, ça ouvrait un peu notre panel musical, mais on était frustré de ne pas être allé au bout du truc… Donc, Opposite n°1 était vraiment tout ce qu’on avait sur le cœur et qu’on n’avait pu placer sur nos albums punk. Opposite n°2, c’était tout ce qui n’avait pas pu être enregistré sur le premier, ou ce qui n’avait pas encore germé dans nos têtes. On écoute toujours du reggae et toutes ses déclinaisons, c’est pourquoi quand on part vers la jungle ou le dub-step, ce n’est pas innocent non plus… On continue à avoir ces influences-là.
Et musicalement qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Pierre : Ça a été un bon exutoire, et ça permet de revenir plus facilement à des trucs punk bourrins comme on en a toujours fait.
Thomas : Et en termes d’exécution sur scène, ça nous donne un choix plus large qui nous permet d’alterner… pouvoir intercaler des morceaux plus lents, plus chaloupés dans des set assez rapides. Ça donne plus de relief à nos concerts… Et ce contraste entre les titres reggae et les titres punk rock nous permet de donner encore plus de puissance à l’ensemble… Disons que le reggae est une sorte de libération pour nous, mais le reggae comme nous l’envisageons n’est pas conçu autrement que comme du punk rock. Donc à aucun moment on a l’impression de se trahir.
Pierre : C’est d’ailleurs la même chose en studio, on n'utilise pas de matos différent pour enregistrer nos albums reggae.
On trouve des titres assez "pop" sur ce nouvel album, comme "Face The Facts" ou "Bomb The World ", est-ce un penchant que vous assumez enfin avec l'âge ?
Thomas : On s’est peut-être permis d’aller jusqu’au bout de nos penchants pop parce qu’on savait qu’on avait notre "quota" de titres vraiment hardcore. On a commencé la composition de l’album par les titres les plus énervés et on a fini par ceux qui étaient plus lents et mélodiques. En fait, au fur et à mesure de la création d’un album, on fait le bilan des ambiances qu’on a apportées… D’ailleurs, à l’époque des premiers enregistrements du groupe, Pierre nous amenait des petits diagrammes montrant les morceaux lents, les morceaux speed et les mid-tempos… Ça ressemblait à une feuille de soins comme on en trouve au pied du lit des malades. Ou à un bilan économique des bénéfices ou des déficits d’une société ! Ça nous permettait de construire notre album. Finalement, on pourrait dire que nos morceaux se répondent les uns aux autres et se nourrissent mutuellement, comme les albums ou les périodes, d’ailleurs…
Pourquoi cette reprise de "Friday On My Mind" des Easybeats (groupe australien des 60’s — ndr) ?
Thomas : Ça vient d’un pote qui joue dans Chewbacca All Stars et Dare Dare Devil. Il nous a dit un jour : "Oh les gars, je vous verrais bien reprendre cette chanson !". Alors pour l’emmerder, on l’a fait ! Et puis aussi parce qu’on aime bien la musique australienne, que c’était le groupe du frère d’Angus et Malcolm Young d’AC/DC, qu’ils avaient des têtes de Beatles, et parce que c’est un morceau que tout le monde connaît sans savoir qui l’a composé… On s’est dit qu’en en faisant une reprise basique à la Ramones, ça devrait bien swinguer !
Pierre : Donc, Blutch si tu nous lis, va crever ! On l’a faite ta putain de reprise. Il ne te reste plus qu’à reprendre "All You Need Is Love" des Beatles !

Vos textes sont plutôt conscients et citoyens et livrent un point de vue personnel sur l’état du monde et de ses habitants, votre public étant principalement francophone, n’avez-vous jamais été tentés de chanter en français pour être mieux compris ?
Thomas : Après on va nous dire qu’on copie sur Guerilla Poubelle et Dolores Riposte ! Quitte à copier, on préfère copier les Américains ! Non, blague à part, on a vraiment du mal, sûrement par manque de confiance en nous… je ne suis pas sûr qu’on arrive à faire de la grande poésie ou à utiliser des métaphores intéressantes… Ou à faire swinguer la langue française. C’est peut-être trop d’efforts, on est sûrement un peu trop feignant…
Pierre : Pour écrire un texte, c’est beaucoup plus facile de se laisser guider par la musicalité de l’anglais. En français, c’est beaucoup plus dur, il faut utiliser des techniques différentes…
Thomas : Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayer ! Sur Bad Time For Human Kind (album de 2006 — ndr), il y a une chanson qui s’appelle "A Whole Life", et pendant trois mois Pierre a essayé de mettre un texte en français dessus… Au final, on a tous reconnu que c’était de la merde !
Pierre : Pour le coup, ça amenait un truc vraiment bizarre, ça n’avait rien à voir avec ce que sont réellement les Burning Heads !
Thomas : Tout ce qu’il avait essayé d’écrire en français, avec toute la meilleure volonté du monde, n’arrivait pas à la cheville du petit essai merdique que j’ai finalement fait en anglais et qui a abouti à cette chanson…
Pensez-vous que votre public est sensible à l’engagement de vos textes ?
Thomas : Je pense qu’une partie de notre public se sent assez concernée par les sujets qu’on aborde pour faire l’effort de traduire les textes, je crois qu’on est assez chanceux là-dessus.
Pouvez-vous nous parler des tournées communes et du split vinyle que vous venez de réaliser avec Adolescents ?
Thomas : A chaque fois qu’on a fait une tournée commune avec un groupe, on a fait en sorte qu’il y ait un disque en rapport avec cette tournée : un split avec Uncommonmenfrommars, un autre avec Alif Sound System, les Vulgaires Machins, NRA, Near Death Expérience, The Marshes… Et donc maintenant avec les Adolescents. On est connecté avec eux depuis qu’ils viennent rejouer en Europe. C’est la troisième tournée qu’on fait ensemble (décembre 2009 — ndr) et c’est également la plus longue (sept dates), c’était donc le moment idéal pour faire un disque… Si les Burning reprennent les Adolescents et que les Adolescents reprennent les Burning, c’est encore mieux ! En plus c’est un bel objet, donc tout est parfait !
Qu’est-ce que la musique en général et le punk rock en particulier ont changé dans vos vies ?
Pierre : Ça a guidé nos pas, ça nous a ouvert les yeux.
Thomas : Depuis 30 ans, s'il n'y avait pas eu le punk rock, je me serais vraiment fais chier ! Et puis ça nous a permis d’évoluer de la bonne façon, de ne pas trop casser les couilles aux gens, de faire que nos vies ne soient pas devenues un enfer.
Est-ce que le punk rock et le hardcore signifient la même chose aujourd’hui que lorsque vous les avez découverts ?
Pierre : L’état d’esprit punk signifie toujours la même chose : le fait qu’on peut continuer d’exister sans vouloir obligatoirement une grosse part du gâteau. Le fait qu’on est de plus en plus nombreux sur cette planète et que par la force des choses, on est de plus en plus nombreux à penser qu’on peut vivre autrement… Il y a des vagues et des courants qui émergent, certains trucs qui font des succès, mais ce ne sont pas forcément les groupes qu’on aurait aimé voir projetés en avant… Et puis ces vagues sont éphémères. On est dans une période creuse pour l’industrie musicale, mais nous, on est en parallèle de tout ce merdier et on s’en sort : on édite nos disques, on a un réseau d’indépendants qui nous suit… Et j’ai l’impression qu’on est de plus en plus nombreux. Ça, ça a changé.
Ça fait plus de 20 ans que le groupe existe, qu’avez-vous appris sur vous-mêmes, sur la musique, sur les gens ?
Thomas : Que l’humain est un gros con, encore plus quand il est en bande…
Pierre : Et que la connerie est internationale !
Thomas : Que c’est hyper dur de communiquer, même avec les mecs avec qui tu fais un groupe depuis super longtemps. Que c’est comme une histoire de couple sans les histoires de cul, mais avec tout le reste, le bon comme le mauvais…
Pierre : Enfin, il y a les odeurs de cul quand même !
Thomas : Oui, mais sans le sexe… mais des odeurs de sexe quand même aussi !
Pierre : Mais sans cul !
Thomas : Ça nous a appris aussi que rien n’est gagné, que rien n’est acquis, que la vie est un long fleuve pas toujours très tranquille et qu’à la fin de notre carrière on aura encore plein de choses à apprendre.
Vous avez prévu quoi pour les 20 prochaines années ?
Pierre : Absolument rien, on a quelques dates avec Adolescents début 2010 et ça s’arrête là !
Thomas : On a déjà du mal à voir plus loin qu’à 6 mois devant nous… Le jour où une Mme Irma rejoindra les Burning, on saura de quoi le futur sera fait.

Pouvez-vous nous livrer quelques anecdotes croustillantes sur la tournée commune que vous avez faite avec Uncommonmenfrommars (Incredible Rock Machine : 50 jours, 50 concerts !) ?
Thomas : Les Unco pensaient qu’on était des phacochères et nous on pensait que c’était des enfants de chœurs… et on a tous été surpris ! On s’est pas engueulés, on a fait des concerts plutôt bien, en tous cas le minimum syndical était respecté au moins tous les soirs… on jouait la balance à pile ou face… on s’est drogués et on a bu de façon raisonnable… on a dormi le minimum aussi. Sinon, toutes les anecdotes, même mauvaises, n’ont fait que renforcer le côté solidaire de l’équipe et les liens entre les gens. On pensait que ce serait dur physiquement et humainement et finalement tout s’est bien passé. Donc, beaucoup de craintes et finalement pas de raisons d’en avoir. Voilà, c’était que du bonheur !
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le "Crusty d’Or" et qui l’a gagné ?
Thomas : Ça consiste à rester le plus longtemps sans se laver pendant une tournée, et c’est moi qui ai gagné, j’ai tenu 22 jours ! J’avais dit à tous mes collègues que si mes odeurs commençaient à les gêner, je me retirais de la compétition… Finalement je me suis retiré tout seul de la compétition…
Tu te gênais toi-même ?
Thomas : Non, ma copine allait arriver ! Sinon, j’aurais pu continuer…
Pierre : Les gens doivent savoir qu’un tour-bus c’est comme un décor de western, quand tu passes la porte il n’y a absolument rien derrière… c’est juste un véhicule qui sert à se trimballer et quand il y a 20 personnes qui s’entassent dedans pendant 20 jours, ça pue !








