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Posté le Vendredi, 05 Février 2010, par Frank Frejnik

Aqme

Aqme

Avec son cinquième album, En L'Honneur De Jupiter, le groupe parisien aborde une nouvelle étape dans sa carrière. Avec l'aide d'un nouveau guitariste et le soutien de son producteur d'origine, il durcit son style tout en perpétuant la formule qui a fait son succès, le mélange mélodie/violence. Le batteur Etienne répond à nos questions.

Avec l'arrivée de Julien, votre nouveau guitariste, considères-tu En L'Honneur de Jupiter comme un nouveau départ ?
Etienne (batterie) : Ce disque n'existerait pas sans toute l'expérience que le groupe accumulé depuis ses débuts. C'est le résultat de ce qu'on a fait et vécu. C'est donc une évolution. Mais c'est aussi un nouveau départ puisqu'il y a un nouveau guitariste. Disons qu'on garde les fondations, mais qu'on change la maison qui est au dessus. Et avec elle, une nouvelle manière de voir les choses apparaît. On commence déjà à échanger des idées pour de prochains morceaux, et on s'aperçoit que ces idées amènent encore des interprétations différentes de ce qu'on peut faire.

Penses-tu que votre public perçoit ce changement ?
Je pense que oui. Il retrouve la formule du Aqme qu'il connaît : le mélange des passages calmes et violents, la voix de Thomas qui reste un repère, une certaine manière de composer qui n'a pas changé… Mais je comprends aussi que certains n'aient pas apprécié l'évolution que propose ce disque… A mon sens, il est plus puissant que ce qu'on a pu faire dans le passé. Ce que certains trouvent un changement infime peut être interpréter comme un fossé par d'autres.

Tu vois à peu près qui est le public d'Aqme ?
Comme tout phénomène de mode et phénomène de jeunesse, il doit y avoir un paquet de mecs de 18/20 ans qui disent : "Aqme ? J'écoutais ça quand j'étais gamin". Ceux là sont passés à autre chose. Peut-être qu'aujourd'hui ils portent des mocassins et écoutent des groupes à mocassins. Et puis, il y en a d'autres qui ont sans doute évolué avec nous, qui ont élargi leur culture musicale comme nous l'avons fait : ceux-là continuent de nous suivre. Une fan a écrit sur le forum de notre site : "J'ai évolué, vous aussi. Et ce que vous proposez aujourd'hui ressemble vraiment à ce que je suis aujourd'hui". C'est sans doute une coïncide, mais je trouve que c'est un joli compliment. Pour moi, le juste milieu est d'évoluer sans perdre nos bases. On a affirmé certains trucs, mais finalement on est resté les mêmes. Malgré notre évolution, on a, je pense, conservé notre personnalité. Je ne dis pas qu'on a inventé quoi que ce soit, mais on a notre manière de faire. Et je crois que nous avons conservé cette manière de faire tout en évoluant. Ce disque en est d'ailleurs un signe évident.

Considères-tu Aqme comme un groupe metal ?
Je crois plus au metal en tant que forme d'intention. Je trouve souvent que les groupes d'aujourd'hui qu'on qualifie de metal ne le sont plus. Ce qui est metal pour moi doit avoir quelque chose… de l'esprit punk, une espèce de fraîcheur et de rebellion. Est-ce que les groupes qui façonne leur musique, leur état d'esprit, leur manière d'être pour signer sur Nuclear Blast sont encore des groupes metal ? Moi, je trouve ça anti-metal. C'est tout sauf rock'n'roll. Et le metal doit rester rock'n'roll. C'est ce que j'aime dans la scène scandinave où les groupes font encore les choses comme bon leur semble. Ou chez les groupes de la scène de Louisiane. Ou bien encore chez Mastodon.

L'étiquette néo-metal vous colle toujours au train, ça vous gène ?
Oui et non. A l'époque du néo-metal, on n'était un peu différent des autres. On a été assimlié par défaut à la scène néo métal. Même si Korn a eu un impact très important sur nous. Le plus étonnant, c'est que le néo-metal est à la base d'une grande partie de ce qui marche dans le metal aujourd'hui. Comme Pantera en son temps, le néo a remis le groove en avant. Le côté rap est passé de mode, mais le groove, lourd et puissant, est toujours là, tu l'entends sur la moitié de la prod métal ou assimilée d'aujourd'hui. Même dans le metal extrême. Alors qu'on nous rattachait pas forcément au néo à l'époque, aujourd'hui, on nous y rattache. Mais les gens qui écoutent Aqme ne trouvent pas qu'on est un groupe de néo-metal.


La scène metal a beaucoup changé…
Oui, durant la période du "néo", pas mal de groupes parvenaient à tirer leur épingle du jeu. Aujourd'hui, il n'y a qu'un groupe metal qui marche : Gojira. Et il n'entraine aucun autre groupe avec lui dans son sillage. C'est terrible. Il y a de bons groupes, mais le public ne suit pas, il y a de moins en moins de monde aux concerts, les disques se vendent mal… C'est pas très très encourageant. C'est dommage de scléroser les genres, les groupes par-ci par-là, au lieu de créer une dynamique. Ça a toujours été un peu la guéguerre, donc maintenant que ça va moins bien, c'est pire… Tout le monde se bat pour les restes de la carcasse.

Artistiquement, l'avenir du groupe semble radieux, mais la situation générale est plutôt sombre. C'est une situation que vous n'avez jamais connue jusqu'à présent…

Je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir pour Aqme. Je sais juste qu'on est sûr de faire un sixième disque. C'est vrai qu'à un moment, on s'est dit : "Bon, En l'Honneur de Jupiter est super, on en est fier, mais si ça marche pas, peut-être qu'on arrêtera surtout si on sent qu'on n'arrive pas en vivre." Cette idée a duré 24 H. Quoi qu'il arrive, on continuera. On ne fait pas de la musique pour gagner de l'argent, mais parce qu'on est des passionnés, parce qu'on en a besoin pour vivre au quotidien. La musique est aussi importante que de manger, boire ou baiser. Peut-être plus important que de manger. Je serais très très malheureux si on devait arrêter la musique. De toute façon, qu'on redevienne musiciens amateurs ou pas, qu'on vive de notre muisque ou non, on continuera. Aqme fera un sixième disque. Et on arrêtera le groupe seulement lorsqu'on sentira qu'entre nous que ça ne va plus. Pour l'heure, l'arrivée de Julien a relancé le groupe.

Vous n'avez jamais été tenté par des projets parallèles, sortir du "cadre Aqme" ?

Si ta question est de savoir si je continuerais de jouer avec ces mecs là et cette nana quand Aqme arrêtera, la réponse est oui. Je n'aurais aucune envie de faire un disque de death metal ou un disque de pop, c'est le mélange des deux qui rend le groupe excitant. On aime les deux styles… Bon, on n'écoute pas beaucoup de pop, mais on aime les mélodies, les ambiances… Pour moi, mélanger du Cult of Luna et Morbid Angel, c'est un concept qui me passionne. Si les gens ne comprennent pas, tant pis. Ça n'a pas été fait. Et moi, je me reconnais dans ce mélange. Pour nous, c'est légitime de faire ça. J'espère que lorsqu'on mélange des passages extrêmes et d'autres plus calmes, on parvient à rester cohérent. Si on avait tenté par le passé, avec le niveau technique qu'on avait à l'époque, de faire ce qu'on fait aujourd'hui, on se serait planté comme des merdes. Aujourd'hui, on est de meilleurs musiciens. On s'améliore toujours. Et l'arrivée de Julien a boosté tout ça.

Un mot sur la complicité avec votre producteur Daniel Daniel Bergstrand ?

A chaque fois qu'on décide de faire quelque chose de nouveau, il est là pour nous épauler. D'ailleurs, ça lui plait aussi. Faire quatre fois le même album avec un groupe, ce n'est pas très intéressant pour lui. Comme on mélange plein d'éléments différents, on est un peu son laboratoire. Il a testé plein de choses sur Aqme qu'il a ensuite fait écouté à d'autres musiciens pour dire "voilà ce que je peux faire". Du coup, nos disques sont des disques qui possèdent forcément sa marque de fabrique, mais en même temps, ils sont un peu différents. On le connaît bien, il nous connaît bien, donc ça se passe bien et on bosse rapidement. C'est à la fois sécurisant et fun. On est proche de lui, on reste en contact, on est intimes. Les enregistrements sont des périodes intenses, ça créer forcément des liens.

A-t-il été surpris à l'écoute des maquettes du nouvel album ?
Oui. Très très surpris. Il a trouvé que ça changeait pas mal, qu'on reconnaissait le groupe, mais que c'était différent. Ensuite, il est passé au local pour écouter les morceaux et le son en live, il nous a dit que les morceaux étaient aboutis, et que le son "live" lui a plu. Qu'on comprenait bien le jeu de Julien, que celui de Charlotte à la basse correspondait bien. A l'époque de Ben (l'ancien gratteux — ndr), notre son était étrange : la guitare sonnait comme une basse et la basse comme une guitare. Les deux se mélangeait, c'était toujours le conflitt permanent dans les graves. Là, avec Julien, il n'y a plus de conflit, tout est à sa place. Il a été charmé par le nouveau Aqme. Qu'il ait approuvé notre virage nous a enlever une épine du pied. Il y a peu de gens qu'on écoute, mais Daniel en fait partie.

Un point divise à propos d'Aqme, les textes.

On a toujours subit des critiques sur nos textes. Mais écrire en français demande du travail et de la personnalité. Si tu peux copier la musique anglosaxonne, tu ne fais pas faire chanter les mêmes mélodies en français qu'en anglais… Ça t'oblige donc à réfléchir, à trouver des solutions, à trouver un style, ton style. C'est sans pitié. Les gens s'attendent à quoi ? A du Beaudelaire. Bin… non. On est un groupe de rock'n'roll. Quand tu traduis les paroles de certains groupes anglais, souvent, ça vole pas très haut. En même temps, on s'en fout des textes. Je ne dis pas que c'est secondaire, ce qu'écrit Thomas me touche, mais le plus important c'est l'énergie de la musique. Ce qui est important dans le livre, c'est l'écrit. Ce qui est important dans la musique, c'est la musique. Le texte est un élément de la musique. En France, on accorde une trop grande importance aux textes. Si tu fais des jeux de mots pourris, t'es festif. Si c'est trop simple, c'est naïf… Nous, on a choisi de faire des textes francs, sincères et autant que possible poétiques. A notre manière. On ne va pas s'excuser pour ça. Le rock est un cri primal, une expression, une énergie qui peut très bien se contenter de peu de mots simples.

Propos recueillis par Frank Frejnik

www.aqme.com