Gérard, qu'est-ce que tu faisais avant de venir à l'interview ?
Gérard Baste : Je me réveillais, je sors d'une grippe difficile, je me lève à 5 H du soir, j'essaye de rattraper le jetlag, difficilement ! (rires)
Une vraie de vraie, une grippe A ?!
Ma fiancée avait la vraie de vraie, mais je pense que j'ai été plus fort qu'elle sur ce coup là, juste quelques symptômes, mais ça m'a bien séché quand même !
Et ça va mieux aujourd'hui ?
Ça va, ça va, autant qu'on peut être quand on a déjà plus de 30 ans et déjà bien roulé sa bosse !
Si tu devais te présenter à quelqu'un qui ne sait rien de toi…
C'est difficile quand même ! (...) Humm... Gérard Baste, quoi ! C'est presque un concept, un personnage qui est venu presque malgré moi. A la base, j'ai pas trop choisi ce nom là, c'est venu d'un délire avec des potes. Je suis rentré dans ce personnage un peu comme Spiderman quand il se fait piquer par l'araignée si tu veux. Moi j'ai bu une bouteille de Svinkels et je suis devenu Gérard Baste. A partir de ce personnage, j'ai commencé à écrire des textes pour Svinkels et, petit à petit, je me suis rendu compte que j'avais un talent pour, d'une certaine manière, être un entertainer des classes populaires, des générations pas perdues, mais plutôt ouvertes et bringuebalées entre rap, tag, skateboard, freeparty… De fil en aiguille, j'ai eu la chance de pouvoir faire un métier extraordinaire et en plus j'ai chanté et rappé devant des milliers de personnes dans les plus gros festivals de France, j'ai été payé à testé des jeux vidéos, c'est à dire le rêve de tout adolescent ! J'essaye, petit à petit, de réaliser mes rêves et, il se trouve que, tous les 2 ou 3 mois, y'a une bonne nouvelle qui tombe. Celle du moment, c'est que je pars au Japon en 2010 faire quelques dates ! Une vraie consécration !
Imagine que je suis D.R.H., cite moi tes trois principales qualités et tes trois plus gros défauts?
(Rires) On dirait Fréquenstar avec Laurent Boyer ! Je me suis préparé à ce genre de question, j'ai des réponses types !!! Ma principale qualité, c'est d'être curieux (rires), j'aime bien ce genre de réponse. En gros ça veut dire que je matte les filles sous la douche, que je télécharge illégalement de la musique sur Internet ! Et, ce que j'aime bien dire aussi, c'est que mon principal défaut c'est d'être trop perfectionniste (rires). Les réponses de branleurs !!! Mais sérieusement j'ai besoin de me vendre parce que Svinkels ça a connu un succès, mais c'est pas non plus "grand public", donc régulièrement je dois argumenter, même auprès de mes partenaires de travail : "Mais si, je vous jure je vais faire des sous ! Faut me croire !".

Une autre question de D.RH. : pourquoi t'écouter toi et pas un autre ?
(Rires). C'est horrible parce que je vais me saborder en répondant. Ça fait dix ans que je répète la même chose et c'est relativement creux ! A savoir que je ne prends pas une douche tous les jours, que j'aime bien boire du vin rouge, c'est pas nécessairement passionnant mais peut être que je le raconte mieux qu'un autre ! Y'a un exemple que je cite souvent : je cite James Ellroy, un auteur que j'aime beaucoup, il écrit à peu près le même polar depuis 20 ans : y'a une meuf, une rencontre, un serial killer, tu sais qu'il va gagner à la fin ! Moi, je fais un peu la même chose en rap : j'essaye d'avoir une écriture marrante, de parler de mon mode de vie et que les gens si reconnaissent un minimum. Dans le fond, en musique, si tu veux dire réellement des choses, est-ce que finalement tu prêches pas un peu des canapés convertibles ! T'es toujours à la limite de la démagogie, tu fais pas des chansons vraiment engagées. Avec Svinkels, quand on a fait des chansons politiques, on voulait pas tirer la couverture à nous, mais plutôt proposer des hymnes au combat. En gros, j'ai pas grand chose à dire mais j'essaye de le dire bien et si ça fait marrer les gens tant mieux ! Je me définis plus comme un chansonnier.
Avant de parler de ton actualité personnelle, le Klub des 7 a sorti son second album au mois de mai, est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ?
Ouais, c'est une surprise pour moi ce deuxième disque. A l'initiative de Fuzati, on s'était retrouvés toute une brochette de gars qui gravitaient dans la même sphère de ce que l'on appelle le rap alternatif. Même sphère, mais horizons différents. Le Klub des Loosers, c'est un univers sombre, moi je suis sur l'énergie, James Delleck et le Jouage sont plus dans le rap abstrait, les gars d'ATK viennent du rap classique. Une bonne aventure, on a commencé à travailler sur des instrus de Fuzati, on se connaissait pas bien, on est parti en tournée, on s'est bien amusé, y'avait une vraie émulation qui nous a donné envie de continuer sur un deuxième album, qui nous ressemble, un album concept. Quand tu fais un album pour toi, t'es strict quelque part, tu lèches le projet, là c'était plus senti, plus marrant, plus à l'instinct, j'aime bien bosser comme ça. Une vraie aventure humaine avec des hauts et des bas, on a perdu Freddy K. pendant l'enregistrement du deuxième album, ça n'a pas toujours été facile. Le groupe est a géométrie variable. Finalement, j'ai été surpris par l'accueil du projet et la place qu'il a pris dans ma carrière, alors qu'au début c'était presque comme poser un titre sur une mixtape !
Sur scène, vous êtes 7 MC's, il y a une impression de bordel mais aussi plein d'énergie, comment s'organise vos lives ?
C'est organisé de cette façon là : c'est pas organisé du tout ! Le premier concert que l'on a fait, on l'avait pas répété ! On se retrouve un peu comme dans les émissions de radio où les mecs viennent pour des freestyles. En un peu plus structuré parce que l'on sait où l'on va. C'est vraiment différent de ce que je fais à côté, d'habitude c'est bien carré, bien réfléchi...
Tu parlais de Freddy K. tout à l'heure, ce qui est impressionnant, c'est qu'on le sent super présent sur ce deuxième album, on a le sentiment qu'il est toujours là.
C'est vrai. Je le connaissais peu mais c'était quelqu'un de super attachant, très productif malgré son jeune âge. Il est mort à 24 ans, il a commencé dans A.T.K à 13 ans, il avait déjà sa boutique, son label, son studio, il faisait plein de choses. Il amenait une énergie super forte dans ce projet, on a été touché par sa disparition, mais il est resté là en fait, dans le projet. On avait bossé ensemble sur le début du second album et, malgré tout, il nous accompagne sur l'ensemble.
Parlons de ton actualité (Baste me coupe en rigolant : "ah enfin, y'a que ça qui m'interesse!) Une question me brûle les lèvres, et pas que les lèvres, est-ce que tu portes un slip aujourd'hui?
Oui bien sûr ! J'ai un slip de compétition, il est noir à rayures blanches ! Il fait parti d'un lot de 3. Quand j'en trouve un qui me plait, je l'achète en plusieurs exemplaires. J'en ai un Superman, j'ai un zèbre qui est souvent en photo mais il commence à être en bouloches au niveau de l'entre-jambe. Maintenant j'ai compris, je les prends par plusieurs, un peu comme les rappeurs qui achètent 2 fois les mêmes baskets quand il les trouve bien. Moi je prends des lots de slips quand je les trouve bien saillants !
Récemment, en préparant l'interview, un pote me dit : "le myspace de Baste il envoie grave le maroilles !". Qu'est-ce que tu en penses ?!
C'est une bonne référence ! (rires) Dans notre carrière, on a toujours été un peu à la ramasse sur les technologies et l'image en règle générale ! Peu de clips avec Svinkels, des projets qui n'aboutissent pas, on s'est un peu fait niquer là-dessus. Aujourd'hui à 20 ans, les mecs ont des myspace qui font des milliers de connexions. Donc, je me suis dit : "je vais essayer de me trouver un petit jeune !" (rires) Et c'est efficace, aujourd'hui en 2009, un jeune est efficace ! Grâce à lui maintenant je suis à l'aise avec ça, si ça peut aider à entretenir la légende c'est plutôt pas mal, je suis content et ça fait croire au gens que j'ai une énorme actualité alors que pas du tout ! Et en plus je me retrouve à faire des interviews pour des magazines alors que j'ai un pauvre titre qui circule sur le net que j'ai mis en téléchargement gratuit!
C'est vrai que l'interview est née après la visite de ce nouveau myspace !
Et ouais ça marche ! Ça fait plusieurs fois que l'on me fait le coup ! Mais bon je travaille, hein ! (rires) Faut pas croire !

Est-ce que tu peux me parler des nouveaux concepts : le "slipshady", "l'entertainment", "Sir Gérard"...?
En fait, quand tu veux que les choses avancent et que tu veux faire carrière dans le show business, t'es obligé de te tenir à certaines choses : par exemple, Eminem est blond, Pascal Obispo est toujours habillé pareil ! Y'a des choses qui me caractérisent malgré moi : quand je me rase la moustache les gens font la gueule ! Récemment je suis tombé dans cette histoire de slip, ça a commencé avec le titre "Tout nu yo" avec le Svink, on finissait toujours en petite tenue sur scène. C'est venu d'un délire et ça devient une marque de fabrique. Après, j'ai commencé à délirer autour de différents alias, je suis un gros mordu de comics, j'en lis plus trop, mais ça m'a vraiment marqué dans mon enfance, les Strange et tout ça… Du coup, je me suis créer ce délire de Super Héros en slip à moustache, je suis presque prisonnier du truc, mais je crois que ça me plait bien, je suis relativement à l'aise dans mon slip !
Tu penses à une tenue de scène ?
Je pense tout le temps à une tenue de scène ! Au moment où je te parle, je pense à une tenue de scène ! Dès le début, pour les premiers concerts, je faisais beaucoup de déguisements. Maintenant j'en ai plus envie parce que j'aime bien le côté " tu viens avec ta bite et ton micro", tu rockes sans artifices, mais la tenue ça fait partie du truc aussi ! Ça aide à envoyer le jus, si tu montes sur scène en espadrille avec un pauvre t-shirt avec du gras dessus.... Bah, en fait, ça peut être pas mal ! Gainsbourg l'a fait (rires). Moi je me sens mieux quand je mets une belle casquette de ma collection et des belles pompes, je me sens plus en état de défoncer la salle que si j'y allais tout pouilleux ! Je rêverais d'avoir une poupée mannequin à mon effigie que je pourrais habiller avec toute une série de petites tenues !
La poupée Gérard !
Faut que j'ai un peu plus de succès ! Il l'ont fait avec les 2be3, Michaël Jackson, Chantal Goya a eu le droit à sa poupée ! On sait jamais ! Sinon je la fabriquerai moi-même !
"Entertainment" et "second dégré", que ce soit dans le Svink ou le Klub des 7, ce sont deux choses qui te suivent depuis le début. Est-ce que tu te vois rapper sans ce second dégré ?
Oui et non. Le rap est un mélange de premier et de second degré. Moi, je fais du premier degré, j'essaye de faire des trucs péchus, patate, je fais pas du parodique ! C'est du premier degré parce que c'est ce que j'ai envie de faire. Mais dans ma façon de faire, il y a beaucoup d'autodérision. C'est important d'avoir une identité qui correspond à ce que tu es et ce que tu fais. Aujourd'hui on vit la culture américaine de l'entertainment, mais je suis né en France, j'allais en vacances en Vendée ! C'est important d'être honnête avec soi-même, on sera jamais des Américains, je suis un Fan d'Eddy Mitchel, il parle souvent de cette problématique : Nashville ou Belleville ? On est né à Belleville et on adore la musique américaine ! On parle beaucoup d'identité nationale en ce moment, ce qui est intéressant, c'est que quand tu vis dans un pays, tu en fais partie intégrante, d'où que tu viennes ! Après, il faut pas se mentir à soi-même. Les problèmes d'intégration ne concerne pas que les minorités, la société est difficile, le meilleur moyen de trouver sa place c'est d'être honnête... Je suis allé un peu loin là dans le débat (rires).
Tu parles de second degré mais tu n'es jamais tombé dans le pure potache, en gros tu ne dis pas que des conneries !
On parlait d'Internet tout à l'heure, c'est triste à dire, je vais jouer les aigris même si c'est pas mon genre. Aujourd'hui, tu as un nouveau clip de rap comique tous les trois jours sur Dailymotion ! C'est marrant, faut s'amuser. Mais faut se rendre compte que l'on donne beaucoup pour la musique, c'est pas que de la rigolade, on se donne du mal. Il faut pas que ce genre de vidéo tire le travail des autres vers le bas, le travail doit être respecté. Ma carrière c'est cinq albums, des centaines de concerts… Ça demande beaucoup d'énergie, des moments difficiles et même si le résultat donne un truc marrant, il ne faut pas oublier ce qu'il y a derrière. Si tout ce travail donne une impression de jemenfoutisme, de branleurs, et bah tant mieux ! Mais on a bossé pour en arriver là !
C'est ce qui fait ta longévité ?
Ce que je veux véhiculer, c'est une liberté d'expression, de ton, de tolérance et je pense que ça se ressent dans les morceaux, au delà du côté potache. Le message de "Réveille le Punk" ou "Juste Fais Le" par exemple, c'était "essaye d'être toi-même en respectant les gens". On n'est pas des fouteurs de merde ! Mine de rien, on essaye d'avoir encore confiance en l'être humain et de véhiculer des valeurs ! C'est pas parce que t'es un gros branleur, que tu te drogues ou que tu fais des conneries le week-end que tu n'a pas de valeur. Au contraire ! Y'a plein de gens bien-pensants, qui s'érigent en modèle, qui feraient bien de se regarder dans une glace.
Tu parlais d'Eddy Mitchel tout à l'heure, quelles sont tes références musicales ?
Quand j'étais gamin, j'écoutais Renaud. C'est ma grosse référence. Après, j'ai découvert le rap, à la fin des années 80. Je suis tombé amoureux de cette musique et c'est cette musique qui m'a fait découvrir les autres. J'écoutais les Beastie Boys, Run DMC, tout le label Def Jam, une musique super énergique, très rock… Ça m'a ouvert à la musique noire comme au rock plus hard, au métal. C'est venu de ces deux groupes-là. Après le rap est parti dans une direction que j'ai bien aimé avec Cypress Hill ou House of Pain. Il parlait de la jeunesse, de la fête, de trucs comme ça, je me suis reconnu là-dedans.
Et la musique d'aujourd'hui ?
Aujourd'hui ce qui est cool, c'est que la musique que j'ai découvert en 87, c'est devenu un énorme truc allant du RnB — que beaucoup décrient — au rap underground très expérimental. Un groupe comme Outkast, c'est super funky, bien expérimental. Je suis un passionné de hip-hop et cette musique est devenu super large. Trop souvent y'a encore un discours genre "le rap c'est des casquettes, c'est des fous", alors que tu as Kanye West en couverture de Voici ! C'est hyper intégré. Je suis fan de cette culture en général et des gros artistes qui la représentent. Les poids lourd du rap ricain, c'est un truc qui m'influence beaucoup. A côté de ça, la scène française est super riche, la french touch, l'électro française, Birdy Nam Nam qui tourne partout, l'écurie Headbanger… On n'a pas de messie, mais une scène variée. Dans le rock aussi. Les jeunes de maintenant connaissent bien la musique, ils creusent bien Internet. Ils ont de bonnes références. A l'époque du néo-metal c'était moins pointu je trouve. En même temps, je suis un vieux con. Moi, j'adore les Doors, les Who et mon dernier groupe de rock doit être Nirvana (rires).
Deuxième partie de l'interview :
http://www.addictif-zine.com/accueil/item/1392-gerard-baste-2eme-partie








