The Neighbourhood est sorti il y a plusieurs mois en Espagne. Comment a-t-il été acceuilli ?
RJ Sinclair : Les gens ont bien réagi, les chroniques ont été les meilleures depuis notre premier disque en 2002. Je ne sais pas au niveau des ventes, mais ce sera bien de toute façon. On n'oublie pas que nous sommes un petit groupe. En Espagne, c'est impossible d'être populaire quand tu chantes en anglais. Il n'y a que les groupes chantant en espagnol qui peuvent avoir du succès. D'ailleurs, en ce moment, pas mal de groupes passent de l'anglais à leur langue natale pour essayer d'être plus populaire. Mais pour nous, c'est naturel de chanter en anglais. On fait les choses comme on le sens, on reste honnête avec nous-mêmes. Nous ne voulons pas être plus populaire chez nous par une manière détournée.
Un quatrième album est une étape importante dans la carrière d'un groupe. Comme avez-vous abordez The Neighbourhood ?
Pour nous, rien n'a changé. Nous sommes les mêmes types qui un jour ont décidé de jouer la musique qu'ils aimaient dans un petit bled très loin des grosses villes influentes. Bien sûr, aujourd'hui, nous sommes plus vieux, nous avons plus d'expérience, alors forcément lorsqu'on aborde un nouveau disque, on l'aborde sans doute de manière plus détendue. Mais on veut toujours faire le meilleur disque possible. Il s'est passé quatre ans entre le dernier disque et The Neighbourhood… c'est long… alors, c'était comme si nous refaisions notre premier disque, comme si nous retournions au début du groupe. On s'est senti comme quatre adolescents réalisant leur premier album, c'était classe. Mais la grande nouveauté de The Neighbourhood, c'est que nous avons demandé l'aide d'un producteur.
Comment s'était de bosser avec Gregg Foreman (Delta 72, Cat Power) ?
Dès qu'on s'en penché sur le projet d'un nouvel album, on était d'accord sur le fait qu'on voulait trouver une personne qui aurait du recul sur notre musique. Parfois un groupe peut penser que la chanson qu'il vient d'enregistrer est la meilleure qu'il ait faite, alors que quelqu'un d'extérieur pourrait l'améliorer encore plus en la jouant différemment. C'est ce recul que nous recherchions. J'avais une liste de producteurs potentiels, des gens avec qui nous rêvions de travailler depuis longtemps parce que nous adorions leur son ou leur musique, mais personnellement, je pensais que Gregg Foreman serait LA personne idéale. Comme j'adore ce que Gregg Foreman a fait avec Delta 72, je lui ai donc écris. Il m'a répondu très rapidement me disant qu'il connaissait le groupe et même qu'il l'adorait. Il m'a même confié que lors qu'il faisait le DJ à Philadelphie ou New York, il programmait parfois certains de nos titres. C'était incroyable de lire ça. C'était important pour nous de trouver quelqu'un qui comprenne notre musique et notre notre manière de travailler. On lui avait fait parvenir une démo des nouvelles chansons, et quand il est arrivé en studio, il avait plein d'idées et d'arrangements. On a enregistré l'album en live, à l'ancienne ! Il a vraiment pris son travail au sérieux, il a bossé avec nous comme il l'a fait avec Delta 72 ou Cat Power.
J'ai été surpris de voir le nom de Bob Weston en charge du master de The Neighbourhood. C'est quelqu'un de plutôt branché indie-rock, noise et compagnie (il a produit June Of 44, Polvo, Zu ; c'est aussi le bassiste de Shellac). Bref, de la musique un peu éloignée de ce que fait TSD…
On voulait vraiment faire masteriser le disque aux USA. On avait d'autres options, mais Gregg avait déjà bossé avec Bob Weston à de nombreuses reprises, il nous a convaincu qu'il était la bonne option. Et puis, Weston travaille différemment ses mastering, il est plus dans une optique vinyle que CD. Comme nous adorons le vinyle… on a opté pour lui. Lorsqu'on a joué l'an dernier au Primavera Sound Festival (festival espagnol — ndr), nous avons joué le même jour que Shellac, c'était cool car c'est Bob qui a fait notre son de façade, et ça a été énorme ! Si tu peux checker notre disque en CD et en LP, tu te rendras compte que le LP sonne beaucoup mieux !
Sur certains titres de The Neighbourhood, vous avez ajouté des cuivres et de l'orgue. Vous n'avez pas peur que ça manque en live ?
Nous avons essayé de faire le meilleur disque possible, nous voulions avoir un maximum d'instruments dans le studio au cas où certains s'avéreraient indispensables pour des arrangements. Je sais que ce sera différent sur scène puisqu'il n'y aura pas ces instruments, mais on fera de notre mieux pour palier à ce manque. Je peux promettre que nous aurons la même puissance de feu en live. Les nouvelles chansons s'adaptent parfaitement à la scène, elles sont vraiment intéractives avec le public, plus fun aussi ! Parfois, en Espagne, deux musiciens supplémentaires nous accompagnent, un mec aux percus, un autre au sax, mais c'est difficile de les avoir tout le temps avec nous, notamment sur les longues tournées. Pour l'heure, on a juste donné des concerts avec eux en Espagne car c'est plus simple à organiser. En France, TSD ne donnera que deux concerts sous cette formule, au Festival BD d'Angoulème et à La Rochelle (c'était fin janvier — Ndr)
Bcore Records, votre label espagnol, a dit que "ce disque était un bond de géant dans l'histoire du groupe". Tu es d'accord ?
Chaque disque est un pas en avant, peu importe s'il soit petit ou grand. Pour nous, chaque disque fait partie de notre évolution. On attendu quatre années pour celui-ci, on a voulu le faire d'une manière différente, alors, peut-être est-il spécial par rapport aux autres. Peut-être l'est-il juste pour les gens autour de nous. Si tu écoutes nos disques, et que tu fais bien attention, tu peux voir que nous n'avons pas tant changé que cela. Nous suivons une ligne, celle de la musique que nous aimons : la soul !
Quels sont les thèmes abordés dans le nouvel album ?
Les mêmes que sur les autres disques. Nous parlons de notre réalité, des choses que nous aimons et celles que nous n'aimons pas. Nous n'essayons pas de convaincre les gens que notre point de vue est le meilleur ou que c'est la seule vérité, on parle simplement de notre réalité à nous… La vie est sans doute différente en France par rapport à l'Espagne, ou que partout ailleurs, je ne peux donc pas faire de généralité. Je parle de ce que je connais, et ce que je connais le mieux, c'est ma vie. Mais s'il faut absolument faire ressortir un thème de cet album, ce serait : "essayer de penser par vous-mêmes". De nos jours, les média détruisent cette possibilité. Les média pensent pour les gens. La télé, les news, la radio te disent ce qui est bien ou mauvais pour toi. Le message est donc de ne pas se laisser contrôler et que ton expérience reste la meilleure option pour trancher entre ce qui est bien ou pas.
Tes paroles et tes prises de positions t'ont-elles déjà attirés des critiques ?
Je me fous des critiques à propos de ma musique ou de mes lyrics ou de mes points de vue. Je peux en discuter avec les gens, je n'ai aucun problème avec le débat d'idées. J'ai toujours pensé qu'on pouvait apprendre de tout le monde, apprendre de nouvelles choses de gens qui vivent dans d'autres pays, avec d'autres cultures ou d'autres réalités que la mienne. J'ai toujours essayé de prendre ce qui était bon dans ce qu'on me proposait. Parfois, je ne suis pas d'accord avec certaines personnes, mais je respecte toutes les idées (les bonnes comme les mauvaises pour moi), mais je ne soutiens pas la violence… je veux dire, tenter de convaincre les gens par la menace ou la violence, c'est tellement nul !
Vous êtes apparus comme un groupe rock'n'roll / garage / soul, et petit à petit, votre fascination pour les années 60/70 est devenu plus grande. Au point qu'aujourd'hui, sur votre Myspace, vos "amis" ne sont plus que des icônes soul ou R&B comme Marvin Gaye, James Brown, Curtis Mayfield, etc…
Nous vivons dans une petite ville, et cette ville, je ne sais pas pourquoi, a toujours eu de la sympathie pour la soul et le rhythm and blues. Nous avons grandi en écoutant cette musique. Nos parents, nos grands frères, nos amis qui étaient plus vieux écoutaient beaucoup cette musique. Donc, on l'a écouté nous aussi. Ce sont nos racines. Et notre plus grande influence. Mais quand nous étions à l'université, dans les années 90, on a aussi découvert et écouté d'autres choses, notamment ce qui se faisait à l'époque. On a vu plein de groupes durant ces années là. Du coup, notre musique est un mix de nos racines musicales et de nos expériences étudiantes.
En plus d'être d'être des musiciens doués, ces artistes étaient aussi des personnes influentes dans les luttes sociales et/ou politiques. Idem pour Tokyo Sex Destruction. Lorsque tu crois fort en quelque chose, tu sens capable d'en parler à travers ton art ?
Mon art ? Nous ne faisons pas de l'art, nous ne faisons qu'essayer d'exprimer quelque chose, des histoires, des idées, les choses qui nous sont arrivées. Donc, bien sûr, nous croyons fortement dans ce que nous racontons. Comme je te l'ai dit auparavant, nous ne sommes pas là pour convaincre qui que ce soit à propos de de la véracité de nos idées, mais pour nous, nos idées sont la vérité !
Penses-tu que le punk-rock, et ses dérivés, n'est plus une musique de révolte ?
Le punk est une manière de penser, le punk n'est pas que de la musique, ce n'est pas une façon de s'habiller… Le punk, c'est faire ce que tu as envie de faire, quand tu le veux et comment tu veux le faire.
The Neighbourhoud sort en France sur le label Pyromane. Ce n'est pas la première fois que vous collaborez avec un label français. Pourquoi est-ce important d'avoir un label ici ?
Depuis notre second album, nos disques sont toujours sortis en France. On a été sur Overcome Records et Lollipop Records. Je ne sais pas pourquoi, mais nous avons un meilleur accueil en France que dans notre propre pays. Nous avons toujours trouvé des labels pour sortir nos disques chez vous. Cette fois, c'est un nouveau label, Pyromane Records, qui a été intéressé par notre disque. C'est le label d'un ancien journaliste qui a été le premier à faire des papiers sur nous, bien avant que nos disques sortent en France d'ailleurs. Pourquoi est-ce important de sortir notre disque en France ? Quand tu es un petit groupe, que tu sors tes disques sur un petit label, le meilleur moyen d'être diffuser partout, c'est encore de trouver des licences partout dans le monde. C'est meilleur pour la promo du disque et celle du groupe. Notre label en Espagne ne pourrait pas faire une promo conséquente en France. Il n'a pas de distributeur. Il ne connaît pas le marché. Un label français sera plus pertinent dans ses choix promotionnels. Le groupe ne peut être que gagnant.
TSD a joué partout dans le monde, du Canada en Slovénie, et de Russie aux USA. Qu'est-il arrivé de plus fou à un de ces concerts ?
Il y a des millions de choses qui peuvent arriver sur une tournée, il y a un nombre de trucs à raconter après coup, mais tu sais, quoi qu'il arrive sur la tournée, il faut rester dans le van, rien ne doit rester dehors ! Chaque pays a quelque chose de spécial qui me revient à l'esprit, mais ce serait trop long à raconter. Nous adorons partir en tournée et être en face de personnes et de cultures différentes…
Propos recueillis par Frank Frejnik
www.myspace.com/tokyosexdestruction
> Tournée Sex Destruction
3 févr. 2010 El Mediator Perpignan
4 févr. 2010 club Le Nadir Bourges
5 févr. 2010 L’Olympic Nantes
6 févr. 2010 Watt Rotterdam
7 févr. 2010 013 Tilburg
8 févr. 2010 Cobra Solingen
9 févr. 2010 DNA Brussels
10 févr. 2010 La Laiterie Strasbourg
11 févr. 2010 Nouveau Casino ( "the neighbourhood" release party ) Paris
12 févr. 2010 La Cave à Musique Macon
13 févr. 2010 La Coopérative de Mai Clermont-Ferrand
14 févr. 2010 CAC Mantes
15 févr. 2010 club Clacson Lyon
17 févr. 2010 Cafe Atlantik Freiburg
19 févr. 2010 L’Ampli Pau








