Interview Draft
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Knut
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Posté le Lundi, 10 Mai 2010

Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques

CSIA interview

Depuis 1978, le CSIA — aussi connu sous le nom de son ancienne revue, Nitassinan — informe, relaye et promeut en France les actions et les revendications des différentes communautés amérindiennes, tout en combattant les stéréotypes et les mythes réducteurs qui leur colle à la peau. Sylvain, responsable de l'association, répond à nos questions pour mieux connaître le sujet.

Quand a été créé le CSIA ?
En 1978. D'abord, de manière informelle, puis en tant qu'association loi 1901. le CSIA a été crée pour appuyer les luttes amérindiennes d'Amérique du Nord jusqu'en Amérique du Sud. En 1977, le Conseil International Des Traités Indiens est venu à Genève pour plaider sa cause devant les Nations Unies. A cette occasion, des gens de toute l'Europe, solidaires des droits des peuples et des droits de l'homme, sont venus pour les rencontrer, dont des Français. Lors de cette rencontre, deux demandes ont été faites par les représentants indiens : que des réseaux de solidarité se montent pour les aider dans la défense de leur droit, et que le 12 octobre, date célébrée aux Etats-Unis comme Colombus Day et en Amérique du Sud comme El Dia del Racia, soit détourné en Journée de Solidarité avec les Peuples Indiens. Ainsi, des comités de solidarité se sont créé partout en Europe. En France, ce fut le CSIA. A partir de 1980, chaque année à Paris autour du 12 octobre, on organise une journée où on invite nos partenaires amérindiens à témoigner de leurs luttes actuelles.

Pourquoi les indiens sont-ils venu plaider devant les Nations-Unis ?
Pour imposer leur existence aux yeux des états dans un cadre international. La lutte des Indiens pour leurs droits et leurs territoires remontent aux années 50. A cette période, l'Amérique a essayé d'assimiler cette population. Au Canada, il y aura les Conseils de Bande et la Loi sur les Indiens. Aux Etats-Unis, ce sera le Terminition Act qui visait à éradiquer les réserves pour les intégrer au système américain. En Amérique du Sud, le processus était plus pervers encore, c'était carrément nier l'état d'indianité et d'autochnonie des Indiens pour en faire des paysans pauvres. Mais dans les années 60, il y a une réappropriation de la culture autochtone, autant au Nord qu'au Sud de l'Amérique. Dans les années 70, comme un peu partout dans le monde où des changement politiques et sociaux changent la donne, les populations indiennes décident de réagir. Ce sont les années de lutte, qui vont bien sûr amener des années de répression. D'autant plus fortes que beaucoup des richesses naturelles (pétrole ou uranium) se situent sur les terres indiennes. Cette répression, parfois sanglante, fait néanmoins connaître aux médias internationaux. Mais sur leur sol, les Amérindiens trouvent difficilement un écho à leurs revendications, ils subissent la répression, les tribunaux ne les reconnaissent pas, donc ils décident de s'adresser à quelque chose de supra national : les Nations Unies. En 1977, ils parviennent par le biais d'un ONG qu'ils ont monté, le Conseil International Des Traités Indiens, à envoyer à Genève des représentants des 100 nations d'Amérique du Nord et du Sud. Cette ONG va devenir la première à obtenir un statut consultatif aux Nations Unies.

Le terme "indien" convient-il à toutes les communautés ?
On sait que le terme indien vient de Christophe Colomb. Il cherchait les Indes, donc les gens qu'il a trouvé à la place sont devenus les Indiens. Ce terme leur colle à la peau. Aujourd'hui, c'est un terme assez controversé dans les communautés autochtones. En allant devenant les Nations Unies, assez stratégiquement, elles sont parvenus a dépasser le cadre même des Indiens d'Amériques en proposant que les Nations Unies se penchent sur la question de l'autochtonie et des peuples indigènes. Ça inclue les indiens d'Amériques mais aussi les Maasaï, les Aborigènes d'Australie, les Samis / Lapons de Suède, etc… Au jour d'aujourd'hui, les communautés préfèrent utiliser leur propre nom, ou le terme générique indigènes ou autochtones, car il sont rentrés dans une logique clairement politique. C'est assez complexe comme débat car dans les années 70, le mouvement initial qui a porté cette dynamique est le American Indian Movement (AIM)… qui avait utilisé le terme indien. Idem pour la première ONG, le Conseil des Traités Indiens.  

Il semble que le combat des peuples d'Amérique du Sud, le Chiapas par exemple, est toujours plus médiatique que les mouvements de lutte au Nord. Pourquoi ? Les revendications sont-elles différentes ?
Non, elles se retrouvent. Par exemple, à l'initiative des Zapatistes et du Congrès National Indigène du Mexique, les communautés autochtones se sont rencontrés à Vicam, au nord du Mexique. Il y avait notamment les jeunes canadiens qui luttent aujourd'hui contre les Jeux Olympiques qui se dérouleront en partie sur leurs terres. Le mouvement de boycott de ces jeux est parti de cette rencontre, mouvement auquel es Zapatistes ont adhéré… Mais pour expliquer la disparité d'intérêt entre les luttes des deux Amériques, je pense qu'il y a un romantisme dans les mouvements de gauche et d'extrême gauche du révolutionnaire latino-américain, le Che notamment. Et puis, souvent, ces luttes se déroulent dans des pays qui ont vécu des dictatures. Comme au Chili, où effectivement la poussée des Mapuche est plus médiatique. A l'inverse, le Canada et les USA sont des états démocratiques et peut-être que les luttes des autochtones est édulcorée. En tout cas dans les médias officiels.

Tu penses que l'image hollywoodienne de l'indien d'Amérique du Nord y est pour beaucoup ?
Bien sûr. On le voit au CSAI, le mythe de l'indien amené par Hollywood est encore bien implanté. Ça s'est un peu calmé, heureusement. Mais au début de l'asso, quand on faisait venir des autochtones, les gens venaient voir l'indien avec des plumes, le shaman… ce que ces personnes n'étaient absolument pas. Ils étaient là pour parler de leur culture, certes, mais aussi de leur lutte pour les droits ou contre des multinationales. On fait venir un Innu du Canada avec les cheveux courts et les gens attendent un indien avec des grandes nattes. Le mythe d'Hollywood est à déconstruire complètement. C'est le but du CSIA.

Leonard Peltion CSIA

Peux-tu rappeler qui est Leonard Peltier et pourquoi il est devenu un symbole ?
Durant les 70's, l'AIM a été rejoint par de jeunes indiens urbains ayant fait face au racisme, à la discrimination et aux violence policières dans les villes américaines, et qui ont décidé de retourner sur les réserves, en affirmant leurs droits. Leonard Peltier fait partie de ces jeunes. En 1973, l'occupation du petit village Wounded Kned de la réserve Pine Ridge des Lakota du Sud tourne au drame. Après cet épisode, le FBI voit l'AIM comme un mouvement de contestation américain à mater… Il va donc s'employer, comme il l'a fait pour miner le Mouvement des Droits Civiques, ceux qui luttaient contre la guerre du Vietnam, ou les Black Panthers, à détruire l'IAM. Détruire, c'est-à-dire infiltrer, cibler les leaders et les neutraliser… Leonard Peltier a fait les frais de cette répression. Le 26 juin 1975, le FBI attaque le village Oglala où était Pelletier. Un jeune de l'AIM trouvera la mort, ainsi que deux agents du FBI. Ciblé par le FBI comme étant le tueur des deux agents, Peltier sera jugé et condamné à deux peines à vie de prison. Dans les années 80, ses avocats parviennent à déclassifier les documents du procès, et trouvent un document stipulant noir sur blanc que l'arme attribuée à Leonard Peltier n'est pas l'arme du crime. Ça a été la base d'appels pour sa libération, qui ont été, jusqu'à présent, toujours été refusés. Malgré près de 34 ans de prison, il continue son travail de militant. Il récolte de l'argent pour des jeunes de Pine Ridge pour qu'ils puissent aller à l'université. Chaque année, autour Noël, il organise des distributions de jouets et vêtements dans les réserves. Il milite pour les droits des détenus… Il a des liens très proches avec le journaliste et militant afro-américain Mumia Abdul Jamal emprisonné dans le couloir de la mort depuis 1982… Aujourd'hui, on vient de lui refuser une nouvelle fois sa libération conditionnelle, et le bureau fédéral a rejeté à 15 ans l'étude de son prochain cas… Ça veut dire qu'il aura 84 ans quand ils réétudieront sa demande. Avec Bush, les demandes de libération avait été suspendues, vu que ça ne servait rien de demander, mais il est urgent de relancer le processus avec l'arrivée d'Obama. Il faut que finisse cette injustice.

Grâce à, ou malgré, ce cas, la cause indienne a-t-elle reçu un soutien plus important ?
Probablement. En 1992, le CSIA faisait partie dans la campagne "500 ans de Résistance Indigène et Populaire". On été surpris que le groupe rap Assassin, qu'on ne connaissait pas, expose le cas Peltier à son public. Il distribuait des tracts qu'ils avaient eux-même rédigés et imprimés… Noir Désir a fait de même, sans nous consulter. C'était intéressant d'être appuyé, nous petite association, par des groupes à l'impact plus important. Aujourd'hui encore, la musique est un vecteur essentiel pour communiquer sur le cas Peltier. En Bretagne, l'association AISIA (Assosiation d'Information et de Soutien aux Indiens d'Amériques) et Les Ramoneurs de Menhirs sortent une complation de soutien à Leonard Peltier, à la fois pour relancer une dynamique autour de Leonard Peltier, pour faire connaître son cas auprès d'un jeune public et pour mobiliser à nouveau les différents réseaux.

Pourquoi Peltier est devenu ce symbole en France ?
C'est la durée de sa peine qui explique sans doute qu'il soit devenu ce symbole. Aujourd'hui, c'est un des plus vieux prisonniers politiques au monde.Tous les réseaux militants se sont approprié une partie de Leonard Peltier. La première chose qu'a demandé Nelson Mandela lors de sa première visite aux USA, c'est la libération de Peltier. Robert Redford a fait une fiction sur les évements de l'AIM (le film Coeur de Tonnerre — ndr), il y a aussi eu un documentaire, Incident à Oglala, produit par De Niro… Rage Against The Machine a beaucoup fait pour Peltier. Le clip du groupe, "Freedom", relatait entièrement son cas. En France, le rock alternatif a popularisé la cause Peltier, des Bérurier Noir à la Mano Negra. Ça eut un effet boule de neige. Pour le CSIA, c'est une campagne qui nous tient à cœur, parce qu'on la suit depuis nos débuts, et que c'est une campagne porte drapeau.

CSIA interview

Comment aidez-vous les différentes communautés amérindiennes ?
On a défini, avec les représentants et les organisations amérindiennes avec lesquelles nous sommes en contact, une règle très simple : on ne travaille qu'à la demande. On ne fait de démarche personnelle, on ne se lance dans aucune campagne, on ne choisit pas les cas. Lorsqu'une communauté nous contacte, nous essayons de l'aider en fonction de sa demande. On essaye de lui trouver des partenaires et des tribunes. On organise des conférences, des projections de films, on tente de les diriger vers des financiers si c'est des fonds qu'ils recherchent, on leur fait rencontrer des gens qui ont les mêmes projets… On a aussi une lettre d'information trimestrielle où on publie des infos sur les campagnes en cours, un peu d'actualité, etc. On travaille aussi avec le réseau de défense des Droits de l'Homme. Lorsqu'il y a eu la grève de la faim des Mapuche au Chili l'an dernier, c'est tout naturellement qu'on a fédéré un collectif avec les plus grosses ONG comme Amnesty International pour les soutenir. Notre but, c'est vraiment d'être le trait d'union entre les revendications des communautés et le public français.

Comment aider le CSIA ?
S'informer, c'est déjà résister. Les gens peuvent adhérer à l'asso, acheter les t-shirts de soutien, les compilations. Il y a le site internet. Et ensuite, il y a plein d'initiatives qui peuvent se faire…

Une conclusion ?
Il ne faut pas oublier que la France a toujours une colonie dans les Amériques : la Guyane. Où il y a de gros problèmes d'orpaillage, des non respect des droits territoriaux, d'acculturation… Au CSIA, on essaye de pousser la France à reconnaître les droits des peuples autochtones là-bas… On fait le même travail avec les communautés guyanaises qu'avec les Amérindiens d'Amérique du Nord ou du Sud. Même si on est une petite équipe, on se doit d'être ce trait d'union.

www.csia-nitassinan.org

T-shirts de soutien : www.goeland.fr
La compilation de soutien à Leonard Peltier, In The Spirit oF Total Resistance (AISIA, Piketos Prod, Kan Ar Bleiz, FZM, Lorspider) est disponible : www.ladistro.fr