Au-delà d’être la bande-son de la culture Afro-Américaine, la Soul et le Funk sont finalement devenus des expressions majeures de la musique populaire. Voici une petite visite guidée au gré de quinze albums qui nous semblent incontournables… “Make It Funky !”
Dossier Réalisé par Stef Chanmar, Boris The Spider & Greg

James Brown “Live At The Appolo” (1963)
Avant d’être l’un des inventeurs du Funk, James Brown fut surtout un superbe chanteur de Rhythm & Blues et de Soul. Ce Live At The Appolo l’atteste. Capté à l’occasion de plusieurs concerts donnés à l’Appolo de New-York au mois d’octobre 1962, ce disque est, selon la légende, le premier album publié restituant un show dans les conditions du direct. Une énergie sans pareille se dégage de cet enregistrement avec un James Brown en bête de scène sauvage, haranguant et implorant son public à la manière d’un prédicateur. On est ici en présence d’une cérémonie qui touche pratiquement à la transe collective. Les principaux hits de cette période s’enchaînent : “Try Me”, “I Don’t Mind”, “Think”, “Please, Please, Please”, “Bewildered” ou encore “Night Train”, le tout secoué minutieusement par l’impeccable machine rythmique qu’étaient The Famous Flames, son groupe de l’époque. Il en ressort une performance d’une rare intensité qui lèguera à l’histoire ce disque mythique. Un must ! — Boris The Spider

Michael Jackson "Off The Wall" (1979)
En 1979, Michael Jackson est déjà un phénomène (The Jackson 5, The Jacksons). Pourtant, alors qu’il va fêter ses 20 ans, il sent que le moment est venu de s’émanciper de la Motown et de faire sa propre musique. Il choisit alors le meilleur producteur, Quincy Jones, qui réunit autour de lui un All-Star de musiciens pour interpréter les créations de la crème des compositeurs du moment (Rod Temperton, Stevie Wonder, Paul McCartney et évidemment Michael Jackson). Le résultat est une bombe ! Michael, aidé de Quincy Jones et de l’ingénieur du son Bruce Swedien, crée un album à la hauteur de son talent de danseur : plus aucun dancefloor ne pourra mériter cette appellation sans passer “Don’t Stop ‘Til You Get Enough”, “Rock With You”, “Off the Wall” ou “Get on the Floor”. Off the Wall rencontrera un succès phénoménal, mais ne récoltera qu’un seul Grammy (provoquant l’ire de Michael!). Qu’à cela ne tienne, l’album suivant, Thriller, battra tous les records et fera de lui The King of Pop. — Greg

Aretha Franklin "Young, Gift & Black" (1971)
Difficile d’isoler un album de la discographie, période Atlantic Records, d’Aretha Franklin… Mais l’homogénéité et la qualité des chansons de cet opus le classe obligatoirement parmi les albums qui comptent. En effet, tous les ingrédients d’un grand disque de soul music sont déclinés ici : ferveur religieuse (“All The King Horse’s”), funk ravageur (“Rock Steady”), conscience politique (“Young, Gifted And Black”), chansons d’amour ("I’ve Been Loving You Too Long"), reprises inspirées (“The Long and Winding Road” des Beatles). Le tout interprété par le gratin des soul men (Donny Hathaway, Billy Preston, Bernard Purdie, Dr John, Chuck Rainey, the Memphis Horns) et chanté par la plus extraordinaire chanteuse noire américaine (également pianiste et organiste) au sommet de son art. Sans conteste un des albums qui fait d’Aretha Franklin celle que l’on surnomme, à juste titre, et qui restera à jamais The Queen of Soul ! — Greg

Funkadelic “Funkadelic” (1970)
Initialement membre d’un groupe de Doo-Wop, The Parliaments fondé en 1958 et très actif sur la scène de Detroit, George Clinton arrive au terme d’un cycle en cette fin des années 60. Le climat social est tendu, sa musique se doit de l’être également. Dès la fin 67/début 68, il forme un groupe de musiciens qui s’affuble du nom Funkadelic. Le groupe va prendre un virage à 360°. Exit les costards tirés à quatre épingles et place à une attitude résolument freaky. La musique produite va elle aussi être le fruit de cette mutation. Le groupe signe en 1969 sur le label Westbound Records et sort ce premier album éponyme en 1970. Ce disque s’inscrit de manière parfaite au carrefour de ce qui secoue musicalement Detroit à ce moment. Il est l’alchimie réussie entre la Soul barrée des Temptations produits par Norman Whitfield et le rock dur des groupes du crû : MC5, The Stooges et autres Amboy Dukes. Le résultat est une Soul-Funk lourde, agressive et complètement déjantée. Cet album passe du groove funky métronomique aux improvisations les plus folles du psychédélisme ambiant. “I Got A Thing, You Got A Thing, Everybody’s Got A Thing”, “I Bet You” (repris la même année par The Jackson 5), “Good Ole Music” ou “What Is Soul” sont autant de preuves de cette expérience initiatique et novatrice pour l’époque. Ce disque est la meilleure passerelle d’embarquement pour le vaisseau-mère qui vous fera décoller vers la galaxie P-Funk. — Boris The Spider

Marvin Gaye "What’s Going On" (1971)
Lassé des chansons d’amour qui ont fait son succès, Marvin Gaye décide d’écrire sur les vrais thèmes qui rongent la population afro-américaine (la pauvreté, la drogue, la vie dans le ghetto, la guerre du Vietnam, la lutte pour les droits civiques), prenant ainsi le contre-pied des habituelles productions sucrées de la Motown. Malgré les doutes de Berry Gordy (patron du label) qui est persuadé que l’album sera un échec commercial, What’s Going On paraît en mai 1971 et rafle tout sur son passage (classé dans les meilleures ventes pendant plus d’un an et demi !). Grâce à ce concept-album pacifiste et écolo, à la croisée de la soul, du jazz et du classique (cf. les splendides arrangements de cordes), Marvin Gaye, au summum de son art, hisse la musique pop(ulaire) à un niveau de sophistication sans précédent et gagne ainsi ses galons de songwriter légendaire. Sa carrière connaitra encore de nombreux succès jusqu’à sa mort en avril 1984, assassiné par son propre père… — Stef Chanmar

Al Green "Let’s Stay Together" (1972)
Il murmure, il sussure avant de partir dans un râle qui vous fait tourner la tête et vous renvoie à la chaleur moite des draps après une longue et “chaude” nuit ! Al Green chante l’amour. En 1972, il enregistre son troisième album porté par les musiciens de Hi Records : l’orgue du fidèle Willie Mitchell répond aux mélopées des choristes, mettant ainsi en orbite les volutes vocales du sieur Green. Hypnotique, la batterie d’Al Jackson (Booker T & The M.G’s) nous entraîne dans une transe aux odeurs de Soul Food. Grâce aux titres “Let’s Stay Together” et “How Can You Mend a Broken Heart” (reprise des Bee Gees), Al Green fait tourner la tête des femmes et l’album est un succès. Mais en 1974, sa petite amie verse des braises dans son bain, lui infligeant de graves brûlures, avant de se suicider dans la pièce d’à côté ! Al Green y voit un signe divin et devient prêtre… Dès lors, il continuera sa carrière en chantant l’amour des autres et du Seigneur. A l’heure actuelle, il reste l’un des derniers géants de la soul encore en vie. — Greg

Isaac Hayes "Black Moses" (1971)
Qui mieux qu’Isaac Hayes aurait pu incarner le “Black Moses” ? D’abord musicien puis auteur-compositeur chez Stax, il se lance dès 1967 dans une carrière solo mettant en avant ses talents d’arrangeur et sa voix vertigineuse de baryton. Avec cet album, Isaac Hayes va donner ses lettres de noblesse à la soul orchestrale. Allongeant les morceaux, exploitant les silences, il cisèle à coups de Fender Rhodes et de guitare wah-wah une sculpture sonore. De longues intros ponctuées de cuivres et de cordes vous amènent doucement vers la jubilation, découvrant le délicieux ballet entre la voix sombre et grave du Black Moses et les chœurs cristallins de ses merveilleuses choristes. De la chaleur du sud aux rues malfamées de Harlem, Isaac Hayes, icône de la Blaxploitation a composé la bande son de l’Amérique black des 70’s. — Greg

Curtis Mayfield “Curtis” (1970)
Premier opus solo de l’ancien chanteur du groupe soul/rhythm & blues The Impressions, cet album pose le style que Mayfield (également auteur-compositeur, producteur-arrangeur et guitariste) n’aura de cesse de développer tout au long de sa carrière : voix féline, groove impeccable, orchestrations classieuse (cuivres, cordes, percussions, harpe, etc) et textes militants en faveur de la lutte pour les droits civiques et de la fierté noire (“Miss Black America”, “We Are The People Who Are Darker Than Blue”). C’est également sur Curtis que l’on trouve l’irrésistible “Move On Up”, épopée funky de près de neuf minutes dans laquelle il nous exorte à persévérer dans la prise en main de nos destinées. Ce disque sera le début d’une immense carrière solo qui connaîtra son apogée deux ans plus tard grâce à la bande son du film blaxploitation Superfly, qui dénonce les ravages de la drogue dans les ghetto noirs américains. — Stef Chanmar

Prince “Prince” (1979)
Faisant suite à son premier album For You quasiment passé inaperçu à l’époque, ce second album simplement intitulé Prince sort en 1979. Cet opus marque un tournant significatif dans la carrière du kid de Mineapolis puisqu’il contient le hit “I Wanna Be Your Lover” qui va lui procurer pour la première fois une très large exposition et qui depuis est devenu un classique des dance-floors du monde entier. Ce disque est le reflet d’un artiste aux influences multiples. On évolue dans son univers depuis le Disco-funk le plus moite (“Sexy Dancer”) à la ballade la plus douce (“With You”) en passant par une incursion vers ce qui s’apparenterait à du Hard FM (“Bambi”). A noter, le titre “I Feel For You” qui deviendra un hit quand il sera repris par Chaka Khan en 1984. Quoiqu’il en soit, Prince dispose ici les jalons de la carrière admirable qui s’annonce et qui se confirmera rapidement avec l’album suivant Dirty Mind, mais surtout il redéfinit à sa manière les lois du Funk en distillant le savant cocktail entre Funk et Pop qui posera les bases de son triomphe à venir. — Boris The Spider

Otis Redding “Otis Blue” (1965)
Enregistré au studio du label Stax de Memphis, le troisième album du roi de la soul sudiste (ici accompagné du groupe maison composé de Booker T, Steve Cropper, “Duck” Dunn, Al Jackson, The Memphis Horns et Isaac Hayes) a tout du best of ! En effet, s’il rend hommage à son idole absolue Sam Cooke (décédé un an auparavant) au moyen de trois reprises monumentales, Otis nous offre également deux de ses plus grands hits : “Respect” (que reprendra Aretha Franklin en 1967) et “I’ve Been Loving You Too Long” (certainement une des plus belles balades jamais enregistrées). On notera également la reprise de “My Girl” des Temptations, celle de “Rock Me Baby” de B.B King et du “Satisfaction” des Rolling Stones qui ferait presque oublier l’originale. Grâce à cet album, Otis prouve qu’il est sans doute un des plus grands chanteurs du XXe siècle ! Il disparaîtra dans un accident d’avion en décembre 1967, un mois avant la sortie du titre “(Sitting on) The Dock of the Bay” qui deviendra n°1 à titre posthume… — Stef Chanmar

Diana Ross "Diana" (1980)
A l’aube des années 80, Motown décide d’associer Diana Ross (ex-chanteuse des Supremes) à Nile Rodgers et Bernard Edwards (du groupe Chic) dans le but de redynamiser sa carrière solo. Les deux producteurs à succès n’ont pas l’habitude qu’on discute leurs choix, mais Diana est une diva à qui on doit allégeance… C’est pourquoi alors que tout semble terminé, Miss Ross trouve que le mix n’est pas à la hauteur et impose, au grand dam de Nile et Bernard, le remix de Russ Terrana, le fidèle ingénieur du son de Motown ! Heureusement, au delà des caprices de star, reste la musique : la guitare de Rodgers et la basse d’Edwards (agrémentées de cordes, de chœurs et de cuivres) tissent un apparat soyeux et groovy qui habille élégamment des compositions imparables ! Résultat : la voix de Diana et l’univers funk de Chic vont illuminer les danceflloors pendant plusieurs décennies au rythme de “Upside Down”, “I’m Coming Out”, “My Old Piano” ou “Tenderness”. — Greg

Sly & The Family Stone “Stand” (1969)
Sly & The Family Stone, originaire de San Francisco, avait tout pour séduire le public de l’époque. Groupe mixte et multi-racial, leur mélange de funk, soul et rock psychédélique (servi par des musiciens exceptionnels dont Larry Graham futur bassiste chez Prince) ne pouvait que devenir le parfait catalyseur d’une génération en quête d’unité, de réconciliation et de sensations musicales fortes. Véritable manifeste hippie (de l’anti-raciste “Don’t Call Me Nigger, Whitey” à “You Can't Make it if You Try” adressé à la communauté noire américaine), le quatrième album du groupe sera celui de la consécration, à l’aide notamment du single “Everyday People” qui se classera n°1 des charts. Ce succès leur permettra d’être programmés au festival de Woodstock et d’en devenir une des révélations grâce, entre autres, à l’interprétation époustouflante du bien nommé “I Want to Take You Higher”. Précurseur de la fusion des genres, cet album fera voler en éclats les limites de la black music, et ouvrira les portes à de nombreux artistes à venir, de Prince aux Red Hot Chili Peppers, en passant par Fishbone, Arrested Development ou Herbie Hancock. — Seb Chanmar

The Temptations “Psychedelic Shack” (1970)
En 1967, The Temptations mettent fin à leur collaboration fructueuse avec Smokey Robinson, le hitmaker de la Tamla Motown, et entament une association avec le duo Barrett Strong/ Norman Whitfield. Sous la houlette de cette paire de producteurs/compositeurs de génie, le groupe rompt définitivement avec la Soul traditionnelle dans laquelle il excellait pour s’engouffrer au plus profond d’une Soul Psychedelic flirtant par moment avec l’expérimentation. Cette démarche musicale plus agressive est en parfaite adéquation avec le climat de révolte qui secoue les quartiers noirs des grandes métropoles américaines. Psychedelic Shack contient quelques perles qui participeront à enrichir la légende des Temptations : “Hum Along And Dance” et “You Need Love Like I do”, soulfull à souhait, “Friendship Train” et ses 7’48 de mise sous pression Funky, ainsi que le titre “Psychedelic Shack” qui se hissera aux sommets des Charts et “War” qui deviendra un hit énorme lorsqu’il sera ré-interprété plus tard par Edwin Starr. — Boris The Spider

Ike & Tina Turner “Workin’ Together” (1971)
En prenant sous sa coupe et pour épouse Anna Mae Bullock, qu’il allait rebaptiser Tina, Ike Turner allait former un des duos les plus explosifs que la musique américaine ait connu. Leur énergie et les titres puissants qu’ils enregistrèrent dans les années 60 leur valurent notamment de participer à plusieurs tournées des Stones et de passer entre les mains du producteur fou mais néanmoins génial Phil Spector. En 1971, ils sortent cet admirable Workin’ Together, album aux multiples facettes, produit par le sieur Ike lui-même, qui est sûrement un des meilleurs témoignages de la puissance du couple. On passe du très Rythm’n’Blues “Get You When I Want You”, à la ballade Soul “You can Have It”, de la tuerie Funk “Funkier Than A Mosquita’s Tweeter” aux versions très personnelles de “Get Back” et “Let it Be”, sans oublier une cover admirable de “Proud Mary” empruntée à Creedence Clearwater Revival et qui sera un des plus gros hits du duo. Leur séparation douloureuse en 1975 permettra à Tina de s’envoler, quelques années plus tard, vers une carrière solo à succès. Mais il s’agit d’une toute autre histoire… — Boris The Spider

Stevie Wonder "Songs In The Key Of Life" (1976)
Le Sergent Peppers de la black music ! Fruit de plus de deux ans d’un travail acharné (seul ou entouré d’une pléiade de musiciens exceptionnels), cet album qui vient conclure la période classique de Stevie (qui comprend entre autres les albums Innervision et Talking Book), lui a permis d’atteindre le panthéon des songwriters. Grâce à un savant mélange de soul, de pop, de funk et de jazz-rock, cet opus fera l’unanimité auprès du public et de la presse et lui permettra de recevoir quatre Grammy Awards l’année de sa sortie. Songs In The Key Of Life est un double album ambitieux (21 titres) qui demande de nombreuses écoutes pour en percevoir l’immensité, mais Little Stevie n’a pas oublié de nous pondre son quota de tubes habituels : “Sir Duke” (en hommage à Ellington), “Pastime Paradise”, “I Wish”, “Another Star” et “Isn’t She Lovely” squatteront les premières places des charts de l'époque. Inspiré par sa foi, Stevie Wonder décline ici tous les thèmes essentiels de la vie : l’amour, la haine, les relations humaines, les problèmes sociaux et raciaux, la pauvreté… réussissant ainsi à toucher à l’universalité des sentiments et à signer un album magistral et intemporel. — Stef Chanmar
Dossier Réalisé par Stef Chanmar, Boris The Spider & Greg
James Brown “Live At The Appolo” (1963)
Avant d’être l’un des inventeurs du Funk, James Brown fut surtout un superbe chanteur de Rhythm & Blues et de Soul. Ce Live At The Appolo l’atteste. Capté à l’occasion de plusieurs concerts donnés à l’Appolo de New-York au mois d’octobre 1962, ce disque est, selon la légende, le premier album publié restituant un show dans les conditions du direct. Une énergie sans pareille se dégage de cet enregistrement avec un James Brown en bête de scène sauvage, haranguant et implorant son public à la manière d’un prédicateur. On est ici en présence d’une cérémonie qui touche pratiquement à la transe collective. Les principaux hits de cette période s’enchaînent : “Try Me”, “I Don’t Mind”, “Think”, “Please, Please, Please”, “Bewildered” ou encore “Night Train”, le tout secoué minutieusement par l’impeccable machine rythmique qu’étaient The Famous Flames, son groupe de l’époque. Il en ressort une performance d’une rare intensité qui lèguera à l’histoire ce disque mythique. Un must ! — Boris The Spider
Michael Jackson "Off The Wall" (1979)
En 1979, Michael Jackson est déjà un phénomène (The Jackson 5, The Jacksons). Pourtant, alors qu’il va fêter ses 20 ans, il sent que le moment est venu de s’émanciper de la Motown et de faire sa propre musique. Il choisit alors le meilleur producteur, Quincy Jones, qui réunit autour de lui un All-Star de musiciens pour interpréter les créations de la crème des compositeurs du moment (Rod Temperton, Stevie Wonder, Paul McCartney et évidemment Michael Jackson). Le résultat est une bombe ! Michael, aidé de Quincy Jones et de l’ingénieur du son Bruce Swedien, crée un album à la hauteur de son talent de danseur : plus aucun dancefloor ne pourra mériter cette appellation sans passer “Don’t Stop ‘Til You Get Enough”, “Rock With You”, “Off the Wall” ou “Get on the Floor”. Off the Wall rencontrera un succès phénoménal, mais ne récoltera qu’un seul Grammy (provoquant l’ire de Michael!). Qu’à cela ne tienne, l’album suivant, Thriller, battra tous les records et fera de lui The King of Pop. — Greg
Aretha Franklin "Young, Gift & Black" (1971)
Difficile d’isoler un album de la discographie, période Atlantic Records, d’Aretha Franklin… Mais l’homogénéité et la qualité des chansons de cet opus le classe obligatoirement parmi les albums qui comptent. En effet, tous les ingrédients d’un grand disque de soul music sont déclinés ici : ferveur religieuse (“All The King Horse’s”), funk ravageur (“Rock Steady”), conscience politique (“Young, Gifted And Black”), chansons d’amour ("I’ve Been Loving You Too Long"), reprises inspirées (“The Long and Winding Road” des Beatles). Le tout interprété par le gratin des soul men (Donny Hathaway, Billy Preston, Bernard Purdie, Dr John, Chuck Rainey, the Memphis Horns) et chanté par la plus extraordinaire chanteuse noire américaine (également pianiste et organiste) au sommet de son art. Sans conteste un des albums qui fait d’Aretha Franklin celle que l’on surnomme, à juste titre, et qui restera à jamais The Queen of Soul ! — Greg
Funkadelic “Funkadelic” (1970)
Initialement membre d’un groupe de Doo-Wop, The Parliaments fondé en 1958 et très actif sur la scène de Detroit, George Clinton arrive au terme d’un cycle en cette fin des années 60. Le climat social est tendu, sa musique se doit de l’être également. Dès la fin 67/début 68, il forme un groupe de musiciens qui s’affuble du nom Funkadelic. Le groupe va prendre un virage à 360°. Exit les costards tirés à quatre épingles et place à une attitude résolument freaky. La musique produite va elle aussi être le fruit de cette mutation. Le groupe signe en 1969 sur le label Westbound Records et sort ce premier album éponyme en 1970. Ce disque s’inscrit de manière parfaite au carrefour de ce qui secoue musicalement Detroit à ce moment. Il est l’alchimie réussie entre la Soul barrée des Temptations produits par Norman Whitfield et le rock dur des groupes du crû : MC5, The Stooges et autres Amboy Dukes. Le résultat est une Soul-Funk lourde, agressive et complètement déjantée. Cet album passe du groove funky métronomique aux improvisations les plus folles du psychédélisme ambiant. “I Got A Thing, You Got A Thing, Everybody’s Got A Thing”, “I Bet You” (repris la même année par The Jackson 5), “Good Ole Music” ou “What Is Soul” sont autant de preuves de cette expérience initiatique et novatrice pour l’époque. Ce disque est la meilleure passerelle d’embarquement pour le vaisseau-mère qui vous fera décoller vers la galaxie P-Funk. — Boris The Spider
Marvin Gaye "What’s Going On" (1971)
Lassé des chansons d’amour qui ont fait son succès, Marvin Gaye décide d’écrire sur les vrais thèmes qui rongent la population afro-américaine (la pauvreté, la drogue, la vie dans le ghetto, la guerre du Vietnam, la lutte pour les droits civiques), prenant ainsi le contre-pied des habituelles productions sucrées de la Motown. Malgré les doutes de Berry Gordy (patron du label) qui est persuadé que l’album sera un échec commercial, What’s Going On paraît en mai 1971 et rafle tout sur son passage (classé dans les meilleures ventes pendant plus d’un an et demi !). Grâce à ce concept-album pacifiste et écolo, à la croisée de la soul, du jazz et du classique (cf. les splendides arrangements de cordes), Marvin Gaye, au summum de son art, hisse la musique pop(ulaire) à un niveau de sophistication sans précédent et gagne ainsi ses galons de songwriter légendaire. Sa carrière connaitra encore de nombreux succès jusqu’à sa mort en avril 1984, assassiné par son propre père… — Stef Chanmar
Al Green "Let’s Stay Together" (1972)
Il murmure, il sussure avant de partir dans un râle qui vous fait tourner la tête et vous renvoie à la chaleur moite des draps après une longue et “chaude” nuit ! Al Green chante l’amour. En 1972, il enregistre son troisième album porté par les musiciens de Hi Records : l’orgue du fidèle Willie Mitchell répond aux mélopées des choristes, mettant ainsi en orbite les volutes vocales du sieur Green. Hypnotique, la batterie d’Al Jackson (Booker T & The M.G’s) nous entraîne dans une transe aux odeurs de Soul Food. Grâce aux titres “Let’s Stay Together” et “How Can You Mend a Broken Heart” (reprise des Bee Gees), Al Green fait tourner la tête des femmes et l’album est un succès. Mais en 1974, sa petite amie verse des braises dans son bain, lui infligeant de graves brûlures, avant de se suicider dans la pièce d’à côté ! Al Green y voit un signe divin et devient prêtre… Dès lors, il continuera sa carrière en chantant l’amour des autres et du Seigneur. A l’heure actuelle, il reste l’un des derniers géants de la soul encore en vie. — Greg
Isaac Hayes "Black Moses" (1971)
Qui mieux qu’Isaac Hayes aurait pu incarner le “Black Moses” ? D’abord musicien puis auteur-compositeur chez Stax, il se lance dès 1967 dans une carrière solo mettant en avant ses talents d’arrangeur et sa voix vertigineuse de baryton. Avec cet album, Isaac Hayes va donner ses lettres de noblesse à la soul orchestrale. Allongeant les morceaux, exploitant les silences, il cisèle à coups de Fender Rhodes et de guitare wah-wah une sculpture sonore. De longues intros ponctuées de cuivres et de cordes vous amènent doucement vers la jubilation, découvrant le délicieux ballet entre la voix sombre et grave du Black Moses et les chœurs cristallins de ses merveilleuses choristes. De la chaleur du sud aux rues malfamées de Harlem, Isaac Hayes, icône de la Blaxploitation a composé la bande son de l’Amérique black des 70’s. — Greg
Curtis Mayfield “Curtis” (1970)
Premier opus solo de l’ancien chanteur du groupe soul/rhythm & blues The Impressions, cet album pose le style que Mayfield (également auteur-compositeur, producteur-arrangeur et guitariste) n’aura de cesse de développer tout au long de sa carrière : voix féline, groove impeccable, orchestrations classieuse (cuivres, cordes, percussions, harpe, etc) et textes militants en faveur de la lutte pour les droits civiques et de la fierté noire (“Miss Black America”, “We Are The People Who Are Darker Than Blue”). C’est également sur Curtis que l’on trouve l’irrésistible “Move On Up”, épopée funky de près de neuf minutes dans laquelle il nous exorte à persévérer dans la prise en main de nos destinées. Ce disque sera le début d’une immense carrière solo qui connaîtra son apogée deux ans plus tard grâce à la bande son du film blaxploitation Superfly, qui dénonce les ravages de la drogue dans les ghetto noirs américains. — Stef Chanmar
Prince “Prince” (1979)
Faisant suite à son premier album For You quasiment passé inaperçu à l’époque, ce second album simplement intitulé Prince sort en 1979. Cet opus marque un tournant significatif dans la carrière du kid de Mineapolis puisqu’il contient le hit “I Wanna Be Your Lover” qui va lui procurer pour la première fois une très large exposition et qui depuis est devenu un classique des dance-floors du monde entier. Ce disque est le reflet d’un artiste aux influences multiples. On évolue dans son univers depuis le Disco-funk le plus moite (“Sexy Dancer”) à la ballade la plus douce (“With You”) en passant par une incursion vers ce qui s’apparenterait à du Hard FM (“Bambi”). A noter, le titre “I Feel For You” qui deviendra un hit quand il sera repris par Chaka Khan en 1984. Quoiqu’il en soit, Prince dispose ici les jalons de la carrière admirable qui s’annonce et qui se confirmera rapidement avec l’album suivant Dirty Mind, mais surtout il redéfinit à sa manière les lois du Funk en distillant le savant cocktail entre Funk et Pop qui posera les bases de son triomphe à venir. — Boris The Spider
Otis Redding “Otis Blue” (1965)
Enregistré au studio du label Stax de Memphis, le troisième album du roi de la soul sudiste (ici accompagné du groupe maison composé de Booker T, Steve Cropper, “Duck” Dunn, Al Jackson, The Memphis Horns et Isaac Hayes) a tout du best of ! En effet, s’il rend hommage à son idole absolue Sam Cooke (décédé un an auparavant) au moyen de trois reprises monumentales, Otis nous offre également deux de ses plus grands hits : “Respect” (que reprendra Aretha Franklin en 1967) et “I’ve Been Loving You Too Long” (certainement une des plus belles balades jamais enregistrées). On notera également la reprise de “My Girl” des Temptations, celle de “Rock Me Baby” de B.B King et du “Satisfaction” des Rolling Stones qui ferait presque oublier l’originale. Grâce à cet album, Otis prouve qu’il est sans doute un des plus grands chanteurs du XXe siècle ! Il disparaîtra dans un accident d’avion en décembre 1967, un mois avant la sortie du titre “(Sitting on) The Dock of the Bay” qui deviendra n°1 à titre posthume… — Stef Chanmar
Diana Ross "Diana" (1980)
A l’aube des années 80, Motown décide d’associer Diana Ross (ex-chanteuse des Supremes) à Nile Rodgers et Bernard Edwards (du groupe Chic) dans le but de redynamiser sa carrière solo. Les deux producteurs à succès n’ont pas l’habitude qu’on discute leurs choix, mais Diana est une diva à qui on doit allégeance… C’est pourquoi alors que tout semble terminé, Miss Ross trouve que le mix n’est pas à la hauteur et impose, au grand dam de Nile et Bernard, le remix de Russ Terrana, le fidèle ingénieur du son de Motown ! Heureusement, au delà des caprices de star, reste la musique : la guitare de Rodgers et la basse d’Edwards (agrémentées de cordes, de chœurs et de cuivres) tissent un apparat soyeux et groovy qui habille élégamment des compositions imparables ! Résultat : la voix de Diana et l’univers funk de Chic vont illuminer les danceflloors pendant plusieurs décennies au rythme de “Upside Down”, “I’m Coming Out”, “My Old Piano” ou “Tenderness”. — Greg
Sly & The Family Stone “Stand” (1969)
Sly & The Family Stone, originaire de San Francisco, avait tout pour séduire le public de l’époque. Groupe mixte et multi-racial, leur mélange de funk, soul et rock psychédélique (servi par des musiciens exceptionnels dont Larry Graham futur bassiste chez Prince) ne pouvait que devenir le parfait catalyseur d’une génération en quête d’unité, de réconciliation et de sensations musicales fortes. Véritable manifeste hippie (de l’anti-raciste “Don’t Call Me Nigger, Whitey” à “You Can't Make it if You Try” adressé à la communauté noire américaine), le quatrième album du groupe sera celui de la consécration, à l’aide notamment du single “Everyday People” qui se classera n°1 des charts. Ce succès leur permettra d’être programmés au festival de Woodstock et d’en devenir une des révélations grâce, entre autres, à l’interprétation époustouflante du bien nommé “I Want to Take You Higher”. Précurseur de la fusion des genres, cet album fera voler en éclats les limites de la black music, et ouvrira les portes à de nombreux artistes à venir, de Prince aux Red Hot Chili Peppers, en passant par Fishbone, Arrested Development ou Herbie Hancock. — Seb Chanmar
The Temptations “Psychedelic Shack” (1970)
En 1967, The Temptations mettent fin à leur collaboration fructueuse avec Smokey Robinson, le hitmaker de la Tamla Motown, et entament une association avec le duo Barrett Strong/ Norman Whitfield. Sous la houlette de cette paire de producteurs/compositeurs de génie, le groupe rompt définitivement avec la Soul traditionnelle dans laquelle il excellait pour s’engouffrer au plus profond d’une Soul Psychedelic flirtant par moment avec l’expérimentation. Cette démarche musicale plus agressive est en parfaite adéquation avec le climat de révolte qui secoue les quartiers noirs des grandes métropoles américaines. Psychedelic Shack contient quelques perles qui participeront à enrichir la légende des Temptations : “Hum Along And Dance” et “You Need Love Like I do”, soulfull à souhait, “Friendship Train” et ses 7’48 de mise sous pression Funky, ainsi que le titre “Psychedelic Shack” qui se hissera aux sommets des Charts et “War” qui deviendra un hit énorme lorsqu’il sera ré-interprété plus tard par Edwin Starr. — Boris The Spider
Ike & Tina Turner “Workin’ Together” (1971)
En prenant sous sa coupe et pour épouse Anna Mae Bullock, qu’il allait rebaptiser Tina, Ike Turner allait former un des duos les plus explosifs que la musique américaine ait connu. Leur énergie et les titres puissants qu’ils enregistrèrent dans les années 60 leur valurent notamment de participer à plusieurs tournées des Stones et de passer entre les mains du producteur fou mais néanmoins génial Phil Spector. En 1971, ils sortent cet admirable Workin’ Together, album aux multiples facettes, produit par le sieur Ike lui-même, qui est sûrement un des meilleurs témoignages de la puissance du couple. On passe du très Rythm’n’Blues “Get You When I Want You”, à la ballade Soul “You can Have It”, de la tuerie Funk “Funkier Than A Mosquita’s Tweeter” aux versions très personnelles de “Get Back” et “Let it Be”, sans oublier une cover admirable de “Proud Mary” empruntée à Creedence Clearwater Revival et qui sera un des plus gros hits du duo. Leur séparation douloureuse en 1975 permettra à Tina de s’envoler, quelques années plus tard, vers une carrière solo à succès. Mais il s’agit d’une toute autre histoire… — Boris The Spider
Stevie Wonder "Songs In The Key Of Life" (1976)
Le Sergent Peppers de la black music ! Fruit de plus de deux ans d’un travail acharné (seul ou entouré d’une pléiade de musiciens exceptionnels), cet album qui vient conclure la période classique de Stevie (qui comprend entre autres les albums Innervision et Talking Book), lui a permis d’atteindre le panthéon des songwriters. Grâce à un savant mélange de soul, de pop, de funk et de jazz-rock, cet opus fera l’unanimité auprès du public et de la presse et lui permettra de recevoir quatre Grammy Awards l’année de sa sortie. Songs In The Key Of Life est un double album ambitieux (21 titres) qui demande de nombreuses écoutes pour en percevoir l’immensité, mais Little Stevie n’a pas oublié de nous pondre son quota de tubes habituels : “Sir Duke” (en hommage à Ellington), “Pastime Paradise”, “I Wish”, “Another Star” et “Isn’t She Lovely” squatteront les premières places des charts de l'époque. Inspiré par sa foi, Stevie Wonder décline ici tous les thèmes essentiels de la vie : l’amour, la haine, les relations humaines, les problèmes sociaux et raciaux, la pauvreté… réussissant ainsi à toucher à l’universalité des sentiments et à signer un album magistral et intemporel. — Stef Chanmar








