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Posté le Vendredi, 23 Octobre 2009

On The Road : Les Caméléons

Le groupe vendéen, héritier de La Mano Negra, vient de sortir son huitième album, Ya Basta!!! Incroyable et insatiable bouffeur de bitume, il était le client idéal pour notre questionnaire spécial "Sur la route".

À quoi occupez-vous les heures de camion entre deux dates ?
Vincent (guitare / chant) : Dans Les Caméléons, il y a deux écoles : la vieille garde qui lit la presse ou des livres et qui profite des paysages que l’on traverse, et la jeune génération qui écoute son lecteur MP3, joue aux consoles de jeux. Cependant, il faut quand même dire que les conditions de nos déplacements depuis nos premiers concerts ont considérablement évolué. En effet, les premiers minibus qu’on louait étaient des camions pas terribles. Désormais nous voyageons dans des backlines super confortables avec télé, lecteur DVD, étudiés pour les tournées. Grâce aux progrès technologiques, nous agrémentons donc nos trajets entre deux dates. Outre les loisirs que je viens de citer, on a presque tous un ordinateur portable avec des vidéos, des musiques ; on a même désormais Internet en temps réel avec les nouveaux téléphones portables. Tout ça est très précieux lors des grands déplacements qui peuvent parfois être un peu pénibles.

Qu'écoutez-vous dans le camion ?

Chacun écoute ce qu’il désire via son lecteur MP3, ordi ou téléphone. Cependant il est à noter que seul le conducteur essaie parfois de faire découvrir aux autres un nouveau CD ou un groupe qu’il aime par l’intermédiaire de l’auto radio. Finalement, c’est assez rare car il faut monter assez fort le volume pour couvrir le bruit du camion. C’est peu apprécié par ceux qui veulent se reposer ou soigner leur gueule de bois.

Que vous est-il arrivé de plus incroyable sur un trajet ?

Des souvenirs, on en a des tonnes : crevaisons, autostoppeur un peu loufoque, accident léger, oubli de musicien, retards, arrêts forcés et plus ou moins prolongés par les douanes ou les gendarmes, bouchons interminables, chutes de neige, vomi dans le camion et mauvaises odeurs.

Les pauses "station essence" sont des moments particuliers dans la vie d'un groupe. Vous est-il arrivé quelque chose de fou durant l'une d'elles ?
Effectivement les pauses dans les stations sont primordiales voire vitales dans la vie des musiciens. On devrait faire un guide des mauvais services qu’elles proposent : qualité de la bouffe, prix exorbitant du carburant… Par contre, elles ont aussi des bons côtés. Depuis le naufrage de l’Erika fin 1999, plus personne ne se gêne pour se servir gratuitement dans les rayons. Du coup, on est un peu subventionnés par Total. On a un crédit illimité sur les lunettes de soleil, les livres, les sandwiches, les jouets pour les enfants et toutes les merdes en rayon… Par contre, on est obligés de payer les cafés. C’est aussi un lieu où se croisent les groupes. On a rencontré La Ruda, Marcel et Son Orchestre, Big Mama, La Phaze… On a aussi croisé Laurent Voulzy, le trop fameux Eric Charden et récemment Orelsan. Mais l’anecdote la plus marquante pour moi, c’est un jour de juillet il y a 7 ou 8 ans, en descendant dans le sud, sur l’autoroute de Bordeaux à Toulouse, nous étions déjà en pause lorsque un "backline" arrive. Un petit bonhomme sort alors avec plusieurs autres personnes. Celui-ci se dirige vers nous, nous ne le connaissions pas. Une conversation s’engage, il nous demande qui nous sommes et évidemment nous lui posons aussi la question, il nous répond "Je suis Bénabar, je viens de choper la première partie d'Henri Salvador avec lequel je jouais hier soir et avec lequel je joue ce soir." Tout le monde sait qui il est maintenant.


Que redoutez-vous le plus lorsque vous partez sur une date ?

Le plus gros problème est sans doute la météo qui peut mettre en péril un festival. Sinon, on ne redoute pas grand-chose. Le sentiment qui prédomine, qui est important et qui fait que l’on continue même après presque 20 ans de concerts, c’est l’excitation. L’excitation de découvrir un nouveau lieu, une nouvelle scène, de nouveaux visages. On se pose des questions sur le concert du soir : comment ça va se passer, y aura-t-il du monde, etc. Tant que cette excitation est positive, on continuera à sillonner la France et quelques autres pays.

Avez-vous déjà refusé de faire un concert ?
Oui, c’est déjà arrivé, pour des questions de sécurité. Quand il pleut et que la scène n’est pas couverte, ce n’est pas possible de jouer. Les organisateurs ne sont pas des assassins et comprennent très bien ça. Par contre, financièrement ça peut devenir un gros problème. Il vaut mieux que l’organisateur soit une municipalité plutôt qu’une association qui ne s’en remettra pas. Par contre, il est hors de question de refuser de jouer pour des questions techniques.

Quand on est un groupe français, est-on bien reçu à l'étranger ?

Oui, surtout en Allemagne où nous jouons souvent. C’est toujours un réconfort après des heures de route. Cependant dans tous les pays où nous avons eu la chance de nous exporter (Québec, Suisse, Belgique, Espagne, République Tchèque), l’accueil a toujours été très satisfaisant. Généralement nous avons affaire à des passionnés qui respectent les musiciens et tout se passe bien. Nous, de notre côté, nous respectons les organisateurs et nous adaptons sans problème aux conditions d’accueil.

Avant de monter sur scène, avez-vous un rite particulier ?
On se tape juste dans les mains, genre équipe de basket.

Quelle est la première chose que tu fais après un concert ?

Je fume ma clope, non pas celle du condamné, mais plutôt du style "j’adore qu’un plan se déroule sans accroc", ce qui n’est pas forcément le cas. D’autres vont boire une bière ou rangent leur matériel.

Quelle est la chose la plus folle qu'un fan ait faite lors d'un de vos concerts ?

Il y a des filles qui nous montrent leur poitrine quand nous jouons notre morceau "Tout le Monde à Poil". Des mecs montent sur scène à poil. Il y a aussi des fans qui font des trajets énormes pour venir nous voir.

Avez-vous vécu un moment très embarrassant sur scène ?

Oui, quelques fois, dus très souvent à des problèmes gastriques, C’est bassement humain, mais tellement vrai ! Notre chanteur a dû aller plusieurs fois aux toilettes pendant des concerts, au moins, ça fait marrer tout le monde. Il y a parfois des problèmes techniques qui sont moins drôles. Des accidents aussi : slam raté du chanteur qui retombe sur la tête, rupture du tendon d’Achille du bassiste, fracture du bassin du tromboniste, évacué par les pompiers. Une autre anecdote : Jean-Jean, notre chanteur, avait la jambe plâtrée lors du concert donné au Festival des Vieilles Charrues 2002. C’était la seule fois où il était assis au lieu de sauter partout.

Interview : Stef chanmar


www.myspace.com/lescameleons

Interview publiée initialement
dans Addictif #4