En ce moment, Parabellum fête ses 25 ans de carrière. Ça fait quoi d'être le doyen du rock en France ?
Schultz : J'en sais foutre rien ! Je n'ai toujours pas vu Parabellum sur scène. On m'a dit que ça n'était pas mauvais, mais je n'ai pas encore pu vérifier (rires). Non, je me régale toujours autant. Pour moi, les 25 ans passés n'ont pas vraiment d'importance. Je ne me sens pas le doyen de quoi que ce soit. Pour être franc, ce qui m'intéresse aujourd'hui, ben, c'est que demain, on joue à Montpellier, puis Marseille, et ensuite à Genève.
Sur cette tournée des 25 ans, on peut voir que le public de Parabellum est plus jeune. Tu as une explication à ce rajeunissement ?
Je n'ai pas d'explication. Mais ça me va très bien ce nouveau public, plus jeune. Parfois, il connaît mieux les paroles que moi (rires). Depuis 25 ans, la situation en France n'a pas tellement changé. Aujourd'hui, c'est Facholand, mais c'était déjà le cas il y a 20 ans. On nous dit que nous sommes en période de crise, mais il me semble que ça a toujours été le cas pour les pauvres. La teneur des chansons de Parabellum reste ancrée dans les problèmes sociaux, la galère, le foutage de gueule des puissants de ce monde… Les titres, même ceux qui ont été écrits il y a 10 ou 20 ans, restent toujours d'actualité. C'est un peu notre fond de commerce si on peut dire, même si on n'y peut rien. Quand tu ouvres un journal, on ne peut pas dire que les titres soient vraiment différents de ceux d'il y a 25 ans. Les noms ont changé, mais la situation demeure la même.
Le slogan "On est gouverné par des Imbéciles" que Parabellum affichait il y a quelques années est donc toujours vrai ?
Je confirme. Les gens qui nous gouvernent ne pensent pas au peuple. Ils pensent avant toute chose à ceux qui ont le fric, le flouze, l'oseille.
Qu'est-ce qui t'a amené à la musique ?
Oh, je ne sais pas ! Il me faudrait des heures chez un psychanalyste avant de pouvoir répondre à cette question. Plein de choses sûrement. Mais pour résumer, je dirais qu'à seize ans, j'aime Chuck Berry, les Stones, les Beatles… et qu'en 1977, je me ramasse la grosse claque du punk dans la gueule. Et après, roule ma poule ! Quand tu es môme, l'énergie d'un disque comme "Exile On Main Street" des Stones et de "Never Mind The Bollocks" des Pistols est un peu la même.
Parabellum 2009
Quel guitariste t'a donné envie de jouer de la guitare et quel chanteur t'a donné envie de chanter ?
Chuck Berry ! C'est un guitariste-chanteur. Il fait des putains de solos et a des textes qui sont autre chose que des chansons d'amour classiques. Il est un peu plus fin. On est toujours dans le rock'n'roll, mais il apporte quelque chose de plus. C'est en tout cas ce que je ressens quand je découvre le bonhomme lorsque j'ai dix ans. Je suis aussi super fan de Gene Vincent et d'Eddie Cochran, mais ils n'ont pas ce double attrait qu'a Berry. Chez lui, il y a un peu de gras dans la soupe, et c'est ce qui m'a plu.
Mais les paroles sont en anglais ! A dix ans, tu as déjà cette volonté d'aller chercher le sens des textes ?
Quand tu tentes de reproduire un morceau, pour apprendre la guitare comme je l'ai fait, c'est bien de le jouer pendant des heures, mais c'est encore mieux de chanter avec les vrais paroles. Tu apprends plus vite, tu saisis la structure du morceau, et en plus c'est plus rigolo. Mais j'ai eu la chance d'avoir deux tantes profs d'anglais. Donc, assez logiquement, elles m'ont attiré vers l'anglais.
Sur quels albums as-tu fait tes gammes ?
Ceux de Chuck Berry (rires) ! Tant qu'à jouer de la guitare, autant commencer par lui. Je ne joue pas aussi bien que Chuck Berry maintenant, mais je pense avoir les mêmes automatismes que lui.
Qu'y a-t-il de Chuck Berry dans Parabellum ?
Pour moi, le plus beau compliment qu'on ait fait à Parabellum, c'est de dire qu'on était les plus punks des rockeurs, et les plus rockeurs des punks. Ça, ça me plait !
Quelle a été ta première guitare ?
Une innommable guitare flamenco de merde avec des cordes à 5 cm du manche ! Sinon, ma première guitare électrique, était une Epiphone. Je l'ai toujours. Je n'en joue pas, elle est dans un coin. On n'y touche pas.
Tu joues sur quels modèles aujourd'hui ?
J'ai des guitares peu communes, mise à part une Gibson Les Paul de 1972 ou 1976, je ne sais plus. Sinon, j'ai une Bertrand, du nom d'un luthier français qui m'a fait un modèle pour ma pomme. Elle est excellente. J'ai une vieille Harmony, une sous-marque de Gibson, datant de 1965. J'ai aussi une Leduc que ma famille m'a offerte. J'ai beaucoup de chance. Toutes ces guitares sont des tueries.
Le matos a de l'importance ?
Bien sûr, il faut des bons outils pour faire du bon travail.
Parabellum n'est pas ton seul groupe. Il y a longtemps, tu as formé Los Carayos avec Manu Chao et d'autres. Comment s'est monté ce projet ?
J'adorais les Hot Pants (l'un des premiers groupes de Manu Chao — ndr) avec qui je partais souvent en tournée. Ce qui me permettait souvent de jouer deux morceaux avec eux en fin de set. Je m'entendais bien avec eux. Un jour, les Barrocks organisaient un concert dans un rade, mais le groupe de tête d'affiche n'a pas pu venir. Manu et moi, on s'est retrouvés sur scène à le remplacer, comme ça, au débotté, en totale improvisation. Ça nous a plu. Et de l'éphémère, c'est devenu un vrai groupe avec l'arrivée de François Hadji Lazzaro, d'Alain des Wampas, etc… C'était un groupe open bar : des reprises, des compos, des styles différents, des influences variées… C'est un peu ce que je fais aujourd'hui avec La Clinique du Dr Schultz : un titre John Lee Hooker succède à un Pistols, suivi d'un Stone et d'un Chuck Berry, puis d'un Thunders… C'était ça les Carayos, une tambouille qui nous permettait de nous amuser tout en amusant les autres.
Avec La Clinique, tu joues souvent sur Montreuil.
Oui, car tous les musiciens du trio habitent à Montreuil, dans le même quartier. On va acheter notre pain à la boulangerie de la place, on va boire un coup dans le rade d'en face, on va faire nos courses chez l'épicier du coin. Notre métier étant musicien, alors on joue ici… on fait du rock'n'roll de proximité.
Plus tard, tu as également formé Schultz et Les Tontons Flingueurs (groupe rock/swing avec une section de cuivres). Que t'apportent tous ces groupes parallèles ?
J'apprends. Quand tu vois des cuivres travailler (comme dans les Tontons Flingueurs), tu ne peux qu'apprendre. La musique bien sûr, mais aussi la rigueur, le travail, la composition, etc… Tu ouvres les oreilles, tu ouvres les yeux, tu t'imprègnes, tu ingurgites. Mais jamais je ne me dis que ça me servira plus tard, pour une chanson de Parabellum par exemple. La poule bouffe tout et n'importe quoi, de la terre, des bouts de calcaire, de la nourriture, c'est ce qui constituera la coquille de son œuf. Je suis pareil, je ne calcule pas, je prends tout ce qui se présente à moi et quand ça sort, ça sort de façon inconsciente.
Tu as un souvenir marquant de ces 25 ans de carrière ?
Oh, j'en ai trop pour n'en sélectionner qu'un. J'ai vécu de belles choses et d'autres plus horribles, comme tout le monde, mais aucun souvenir n'est plus important que les autres. C'est comme si tu me demandais qui est mon meilleur pote. C'est impossible d'en choisir un. C'est un tout.
Un conseil pour les jeunes ?
Tu sautes d'abord et tu regardes ensuite si tu as un parachute ! Je la sors souvent celle-là, mais elle me plaît. Moi, je ne sais toujours pas si j'ai un parachute. A moins que je n'ai finalement qu'un parabellum ou un para-schultz (rires)








